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La Guerre d'Algérie

28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 21:46
DISCOURS DE RECEPTION DE LA LEGION D’HONNEUR

Pierre Maurice

Mon Général, Cher Dominique,

Monsieur le Maire,

Messieurs les officiers généraux et supérieurs,

Monsieur l’Abbé représentant la paroisse St Martin du Manival,

Chers collègues français et britannique

Chers camarades anciens combattants et de la défense nationale,

Chers membres de ma grande famille,

Chers amis,

 

Je ne vais pas vous cacher mon émotion, et ma fierté, de recevoir aujourd’hui devant vous, en ce lieu, les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur, l’ordre national le  plus prestigieux.

 

1/ Je dois tout d’abord vous expliquer pourquoi j’ai choisi de recevoir cette décoration à Biviers, à la date d’aujourd’hui, et en ce lieu :

- Aujourd’hui 25 septembre, car c’est la date retenue pour une célébration nationale des anciens combattants harkis, à laquelle certains d’entre vous viennent d’assister ; ancien combattant appelé de la guerre d’Algérie, j’ai été fier d’y associer la remise de ma décoration.

- Devant cette ancienne mairie, que vous voyez aujourd’hui dans l’état où elle était à l’époque : mairie jusqu’en 1983, où je participe à ma première réunion de futur conseiller municipal, et ancienne école communale. Parce que mon père, Lucien, est y né, voici 114 ans ; parce que son propre père, Lucien aussi, y était à la fois secrétaire de mairie, et instituteur de la République, directeur de l’école de garçons depuis 1890.

Son unique salle de classe, située au rez-de-chaussée à droite, accueillait près de 50 élèves, tandis qu’à gauche se trouvait son bureau de secrétaire, et que le premier étage était occupé – hormis le bureau du maire – par sa famille, composée de sa femme et lui-même, et de leurs six enfants survivants.

A Biviers, où nous nous sommes installés par hasard, ma femme et moi, voici 45 ans, j’ai eu la chance de connaître une douzaine de ses anciens élèves, qui gardaient de leur instituteur un merveilleux souvenir.

C’est pourquoi j’ai voulu associer à cette manifestation mon père et mon grand-père paternel, que je n’ai, hélas, connus ni l’un ni l’autre : mon grand-père est mort en 1920, et mon père, accidentellement, en 1933, sept mois avant ma naissance. Je suppose que, là où ils sont aujourd’hui,

ils se réjouissent, avec vous tous, de voir un de leurs fils et petit-fils décoré, ici même, de la Légion d’Honneur.

 

2/ Quand je jette un regard en arrière, sur mon passé, je me rends compte que j’ai eu dans ma vie beaucoup d’honneurs, et de chance, en dépit de mon drame prénatal :

 

- J’ai d’abord eu la chance et l’honneur de naître dans un très beau pays, entouré de l’estime des autres, aux racines riches d’un passé souvent glorieux, et dans une famille qui m’a donné tous les éléments d’une parfaite éducation, civique, morale et religieuse.

 

- J’ai ensuite eu l’honneur d’être admis à faire toutes mes études primaires et secondaires dans un brillant lycée de Grenoble, qui porte le nom d’un grand savant français, Champollion. Un lycée où l’éducation avait toute sa place, à côté de l’instruction. Puis j’ai eu l’honneur d’être admis à la Faculté de Droit de Grenoble, où des Professeurs remarquables ont largement contribué à former mon jugement et mon sens civique, mes études s’achevant, à 24 ans, par un titre de docteur ès sciences économiques.

 

- Après les études, le service militaire. Là encore, les honneurs n’ont pas manqué : versé dans l’Arme Blindée Cavalerie, je suis admis, après mes classes, en qualité d’élève officier de réserve, à l’Ecole d’Application de Saumur, qui confie à des officiers brillants, droits dans leurs bottes, le soin d’enseigner à obéir et à commander. Vient alors, avec l’obligation de servir en Algérie, l’honneur de commander un peloton-chars de plus de 30 hommes, à la tête d’un énorme matériel, peloton que je dois entraîner avec courage dans des opérations risquées, « au péril de leur vie ». Et c’est sans hésitation que j’accepte, plus tard, après un stage, de postuler au grade de capitaine de réserve.

 

- Dès mon retour d’Algérie, ma Faculté me fait l’honneur de m’accueillir à nouveau, car elle m’a réservé un poste de chargé de cours. Commence alors le dur apprentissage du concours d’agrégation, pour devenir Professeur, titre que j’obtiens en 1966.

 

- Entre temps, en 1964, j’ai l’honneur d’être accueilli dans une nouvelle famille, celle de mon épouse, Geneviève, la seule femme de ma vie, qui me soutient dans toutes mes entreprises, et avec laquelle nous décidons de fonder une grande famille très unie. Mission accomplie ! Je suis enchanté d’avoir un beau-père, médecin, qui suit ses malades avec soin et humanité, avant de les endormir (il est anesthésiste), et qui a, à mes yeux, une double qualité : d’abord celle d’avoir le même prénom que moi ; ensuite celle de me donner enfin l’occasion, alors que j’ai atteint l’âge de 30 ans, d’apprendre à prononcer ce mot merveilleux de « papa » !

 

- J’ai enfin l’honneur d’être accueilli dans mes universités successives d’affectation :

= celle d’Aix-Marseille, où je suis affecté à l’Institut d’Etudes Juridiques de St-Denis de La Réunion, dont je deviens rapidement le directeur ;  

= celle de Grenoble II, « université des sciences sociales »[1] ; elle m’accueille au retour de mon premier séjour outre-mer, et j’y suis à nouveau directeur, d’une filière nouvelle, attachante par l’intérêt qu’y portent à la fois ses étudiants, son personnel administratif, et les enseignants qui veulent bien y collaborer.

= celle de La Réunion, enfin, « université française de l’océan Indien », où je retourne pour les huit dernières années de ma carrière, et où je trouve un terrain extraordinairement propice à la création de quantités d’activités d’enseignement, de recherche et de relations extérieures :

- poursuite des échanges « Erasmus » avec des universités européennes, - échanges que j’ai fondés en France dès 1978;

- lancement de colloques internationaux sur des thèmes de défense et de géopolitique;

- création de relations de coopération avec des universités australiennes et sud-africaines...

 Toutes ces activités sont financées par des crédits qui me sont généreusement alloués par la Commission Européenne, par mon ministère, par les collectivités locales, et parfois même par mes amis directeurs du British Council à Paris...

 

Cette université de La Réunion me confère un dernier honneur : elle fait de moi, à mon départ pour la retraite, son tout premier Professeur émérite.

 

3/ Voilà, brièvement rappelés, tous les honneurs – ils sont « légion » – que j’ai eus dans ma vie. Une vie qui, à mes yeux, ne prenait de sens que chaque fois que je pouvais servir : servir mon pays et ses institutions, en particulier son Université et les étudiants qui lui sont confiés. Ce qui, entre parenthèses, me faisait prendre en horreur les grèves d’enseignants. J’ai eu la chance que mes étudiants (et, auparavant, mes soldats) aient su trouver les occasions de me faire savoir combien ils avaient apprécié le soin que j’avais pris d’eux.

 

4/ Je tiens maintenant à remercier tous les porte-drapeaux, qui ont accepté d’honorer par leur présence cette cérémonie.

 

Mon Général et Cher Dominique, je vous suis très reconnaissant d’avoir bien voulu aujourd’hui me remettre cette croix au ruban rouge, - une croix qui, comme me le rappelait dans sa lettre le Général Georgelin, Grand Chancelier, me confère surtout un devoir, celui d’être et de rester un citoyen exemplaire.

Mais il est une décoration que ni vous ni personne ne pourra jamais me remettre, sur cette Terre, et que pourtant je porte déjà dans mon coeur : ce sont les insignes de grand’croix... de la légion du bonheur !

 

Pierre MAURICE

Chancelier de l’U.N.C. du Dauphiné

 

[1] Et je salue ici la présence de son dernier président honoraire, le Professeur Michel Rousset.

Mme Geneviève Maurice
Mme Geneviève Maurice
Mme Geneviève Maurice

Mme Geneviève Maurice

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Published by ACBIVIERS