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La Guerre d'Algérie

14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 08:07
Communiqué de Bernard Lugan
 
 
La situation sécuritaire du Mali se détériore chaque jour un peu plus : les garnisons de l’impuissante armée malienne sont attaquées, des véhicules militaires français sautent sur des mines, quant à la Minusma, elle est évanescente. Le pays est en phase de parcellisation et même d’émiettement ethnique et tribal, tant au nord qu’au sud. Régionalement, l’insécurité touche désormais le Niger et le Burkina Faso, avec un glissement depuis la zone sahélienne vers la zone soudanienne. Pour le moment le Tchad est encore un solide pivot mais le Cameroun va entrer dans une période de turbulences provoquée par les futures échéances électorales.
 
Légitimés par le scrutin ethno-mathématique de 2013, les responsables politiques maliens ont refusé de prendre véritablement en compte les revendications nordistes. Rien d’étonnant à cela, car leurs ennemis sont moins les jihadistes que pourchassent les forces françaises, que les "séparatistes" touareg. Ayant échoué à faire reconnaître leurs revendications, ces derniers se sont divisés, ce qui ajoute encore aux incertitudes. D’autant plus qu’ils reprochent désormais à la France de les avoir trahis après qu’elle les ait utilisés contre les jihadistes en échange de la promesse de son appui politique auprès des autorités de Bamako.
 
Le Mali étant donc plus que jamais à la veille de se défaire, et nos « alliés » touareg commençant à se retourner, la situation de Barkhane risque donc de devenir compliquée. C’est pourquoi il est temps de regarder la situation clairement en face à travers trois grandes questions :
 
1)      Le jihadisme est-il le problème principal ? N’est-il pas plutôt un « ennemi de confort » nous interdisant de voir que nous sommes d’abord en présence d’un conflit ethno-racial sur lequel les islamistes se greffent avec opportunisme ?
2)      Ce que nous baptisons « trafic » à travers notre lecture européo centrée est considéré dans toute la région comme la continuation moderne du commerce traditionnel. Il fait vivre les populations à travers des routes trans-ethniques millénaires. Nous y attaquer multipliera nos adversaires et fragilisera nos axes de communication car tous les groupes armés sont impliqués à des degrés divers dans cette activité.
3)      Avons-nous les moyens d’assurer la paix au Sahel, objectif passant en réalité par une sorte de recolonisation puisque, en plus de garantir la sécurité, il nous faut y reconstruire les Etats, les armées et l’administration ?
 
Le Mali subit deux guerres elles-mêmes subdivisées en de multiples conflits locaux. L’une oppose les Touareg entre eux et certains Touareg à certains Arabes. L’autre concerne les populations sudistes dont les Bambara, les Dogon et les Peul.
 
Au nord, la fragmentation consubstantielle aux Touareg est à base clanique. Après une phase d’unité autour du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), l’actuel délitement s’explique largement par la volonté de contrôler les routes du trafic qui passent par le nord du Mali. Divisés, les Touareg du MNLA sont aujourd’hui quasiment assiégés à Kidal, leur bastion, par le GATIA (Groupe d'auto défense touareg Imghad et alliés) dirigé par le colonel Ag Gamou, principal allié local des autorités de Bamako. Conscientes que leur armée ne parviendrait pas à le vaincre, ces dernières ont en effet décidé de combattre le MNLA à travers les milices du GATIA associées au MAA (Mouvement arabe de l'Azawad).
 
Parmi les milices et organisations ethno-tribales nordistes nous devons distinguer celles qui dépendent des Touareg ifora comme le MNLA, le HCUA (Haut conseil pour l’unité de l’Azawad et la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad).
Parmi celles qui sont les bras armés des autres tribus, nous pouvons identifier le FPA (Front populaire de l’Azawad) qui est le mouvement des Chamanamass, le CJA (Congrès pour la justice dans l’Azawad), émanation des Touareg Kel Ansar et le MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad) qui regroupe les Touareg Dawssahak.
 
Après le nord qui a échappé à l’Etat malien, c’est le centre du pays, l’ancien Macina historique, qui est aujourd’hui en quasi sécession. La région est en partie composée du delta intérieur du Niger, immense zone inondée plusieurs mois de l’année. Ses fertiles terres exondées sont convoitées à la fois par les agriculteurs dogon, songhay ou bambara, ainsi que par les éleveurs peul. Les milices ou groupes ethno-tribaux sudistes sont le FLM (Front de libération du Macina), mouvement peul jihadiste, le MDP (Mouvement pour la défense de la patrie), un mouvement armé peul que Bamako tente d’utiliser contre le FLM, ainsi que les groupes d’auto-défense bambara et dogon aux structures imprécises.
Dans cette partie du Mali, les attaques se multiplient. Sont-elles le fait de jihadistes ou de simples « coupeurs de route » ? La question mérite d’être posée car le recrutement de certains Peul par les jihadistes est favorisé par une problématique locale, des individus marginalisés voyant dans l’islam jihadiste le moyen d’une revanche contre les aristocraties dominantes. Plus qu’un phénomène jihadiste, nous sommes ici d’abord face à une révolte des « petits » peul voulant l’abolition des droits fonciers traditionnels. Plus clairement, nous sommes en présence d’une forme d’une jacquerie à habillage religieux, d’un conflit entre Peul transhumants et Peul sédentarisés, les premiers contestant les droits fonciers des seconds. A cela, s’ajoute la question globale de la rivalité des agriculteurs et des pasteurs.
 
Tant au nord qu’au sud, comment Barkhane pourrait-elle s’adapter à ces problématiques millénaires alors que ses cadres n’ont reçu aucune formation en la matière et que les seuls véritables enseignements africanistes ont été supprimés, à la fois de Coëtquidan et de l’Ecole de Guerre, par oukase du cabinet civil du ministre de la Défense ?
 
Face à la grande complexité des réalités maliennes, l’erreur française fut double :
 
1)      En 2013, il aurait fallu subordonner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval à la reconnaissance par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale, ce qui n’a pas été fait.
2)      Au lieu de cela, après avoir chassé les jihadistes du nord Mali et permis aux Touareg du MNLA de reprendre possession de la région de Kidal, Paris a imposé l’aberrante solution électorale. Or, l’ethno-mathématique a automatiquement donné la victoire aux plus nombreux, c’est à dire aux sudistes, ce qui a « démocratiquement » délégitimé la revendication touareg.
 
Cette erreur politique s’explique parce que les élites dirigeantes françaises s’obstinent à vouloir imposer l’utopique « vivre ensemble » qui revient à ordonner à des nomades berbères ou arabes de se soumettre au bon vouloir d’agriculteurs noirs sédentaires que leurs ancêtres razzièrent durant des millénaires...
 
La situation politique étant figée et le contexte sécuritaire s’obscurcissant, Barkhane est donc condamnée à rester avec tous les risques d’enlisement qui se profilent. Pour nos Forces, la priorité va donc être de tenter de les limiter, ce qui passe par la permanence sur zone de certaines unités spécialisées. Dans l’avenir, leurs cadres devront parler les langues locales et ils devront être formés à l’ethno-histoire régionale. Cette formation du type de celle des anciennes « Affaires indigènes » devra se faire très tôt, dès Coëtquidan, où certains enseignements académiques datés pourraient être utilement « délestés » au profit de ce cursus prioritaire.
Il faudra attendre le mois de mai 2017, donc après le départ des idéologues civils qui ont vidé le ministère de la Défense de sa substance, pour que de telles réformes essentielles - du moins si la France désire encore jouer un rôle en Afrique -, puissent enfin être proposées.

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Published by ACBIVIERS