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La Guerre d'Algérie

9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 14:49

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S’il est une personne qui a joué un rôle capital dans ma vie, c’est Philippe BLANC. Et c’est pourquoi je me suis toujours dit que si j’étais un jour honoré d’être promu dans la Légion d’Honneur, je la lui dédierais quoiqu’il arrive.

 

Pourquoi Philippe ? Parce que nous étions amis tout simplement. Et que cette amitié n’avait pas de prix. 

 

Philippe qui fut professeur de français au lycée polonais Cyprian Norwid à VILLARD DE LANS de Lans dans les années cruelles de 1942 à 1945, jeune fiancé avec Marinette de CIBEINS, Résistant de 23 ans humble mais incontournable dont la tâche principale – en dehors des missions de liaisons avec l’État Major – était de retrouver sous le couvert de la Croix Rouge les morts de tous bords, mais surtout des résistants, d’en organiser la sépulture  après récupération des papiers personnels et de tout souvenir pour les faire parvenir à leurs familles afin que celles-ci puissent à la fois connaître l’héroïsme de leurs enfants et faire leur deuil. 

 

En juillet 1944, plusieurs drames avaient marqué Philippe, spécialement l’atroce sauvagerie de la Grotte de La Luire qui servait d’hôpital à proximité de St AGNAN en Vercors dont les nombreux blessés et le personnel d’encadrement avaient été massacrés ou envoyés en déportation. Philippe avait fait creuser une fosse commune par des prisonniers allemands qui avaient imaginé que cette fosse leur était destinée ! Et ce nouveau drame de VALCHEVRIÈRE à quelques kilomètres de VILLARD DE LANS, où une section de maquisards issue du 6ème Bataillon de Chasseurs Alpins commandée par le Lieutenant CHABAL avait été écrasée dans les combats des 22 et 23 juillet à un contre dix sans qu’aucun de ces hommes ne se soit  rendu. Là aussi, Philippe avait relevé tous les corps.

 

Éducateur reconnu, Philippe était devenu par la suite professeur et Chef de Maison du Vallon à l’École des Roches en Normandie. De plus – et c’est à ce moment là que je l’ai connu en 1959 - responsable d’une colonie de vacances chaque année en juillet à VILLARD DE LANS. Dans le souci du devoir de mémoire et de la réconciliation avec le peuple allemand, Philippe racontait toujours avec une grande émotion aux adolescents dont il a eu la charge les faits historiques qu’il avait vécus. Il y mettait beaucoup de cœur et d’émotion. Comme pour moi, je suis certain que tous ces adolescents devenus adultes s’en souviennent encore aujourd’hui et s’en souviendront toute leur vie. Il pratiquait ainsi le Devoir de Mémoire.

 

1959. Ce fut à mon tour de partir à la guerre. J’avais 22 ans. J’ai vécu des moments difficiles : une guerre n’est jamais propre. Sorti dans un bon rang de l’École des Officiers de Réserve de CHERCHELL en Algérie, j’ai choisi de servir dans mon Corps d’origine, le 7ème Bataillon de Chasseurs Alpins. Mon instructeur était le Lieutenant Bernard VALETTE D’OSIA, lui même Chasseur Alpin. En faisant ce choix, je savais que sur les sommets calcaires du Massif du Djurdjura en Grande Kabylie ressemblant comme des frères aux montagnes qui nous entourent en Isère et en Savoie, j’aurais en face de moi des montagnards aguerris, mais je ne

connaitrais pas les situations de guerre civile des grandes villes d’Alger, d’Oran ou de Constantine. On serait – si l’on peut dire - « entre nous ! »

 

Passée la période d’observation, la lourde responsabilité d’un poste isolé à plus de mille mètres d’altitude avec 45 hommes m’a été confiée par le Capitaine BROCHIER, poste surmonté d’une crête d’où l’on nous tirait régulièrement dessus, équipé d’un réseau de barbelés sensé nous protéger – sauf des trahisons internes tant redoutées -, de mortiers pour nous dégager en cas d’encerclement, d’une dropping zone où les Sikorsky venaient nous enlever en urgence absolue pour nous déposer au plein cœur d’un accrochage avec la mission de sauver des vies amies, des opérations continuelles - de jour comme de nuit - exténuantes, avec des hommes épuisés dont certains ne pouvaient retenir leurs larmes ; des commandos de chasse de 24 à 72 heures en pleine nature et loin de tout, de journées de brouillard où le piper qui nous larguait le courrier une fois par semaine tournait en vain… La radio grésillait alors « à la prochaine les gars, on y verra plus clair… »

 

Tout autant que mes hommes, j’attendais ce piper : Philippe prenait du temps pour m’écrire et j’attendais ses lettres. Il ne me parlait pas du Vercors ni de la Résistance, ni de la situation politique en France, mais de Marinette, de leurs six enfants devenus quelque part mes frère et sœurs : Françoise, Marie-Odile, Michel, Dominique, Véronique et Pascale. Certains sont à mes côtés aujourd’hui. Il me racontait comment s’était passée la colo, puis leur mois d’août vers le lac Léman, leur rentrée scolaire, leurs projets…

 

Sans les lettres de Philippe qui se terminaient toutes par « je t’embrasse, mon Jean », aurais-je tenu le coup ? Dans ces années là - contrairement à aujourd’hui - aucun soutien psychologique n‘existait. Combien sont rentrés détruits de leur séjour en Algérie ? C’était il y a 50 ans ! Certains en souffrent encore et toujours.

 

Aussi, lorsqu’un camarade de CHERCHELL m’a appelé pour me dire que ma promotion figurait au Journal Officiel du 5 mai 2013, j’ai eu une énorme bouffée de pensée pour Philippe. Depuis toujours, j’avais la conviction que s’il y avait une personne qui méritait la Légion d’Honneur, c’était bien lui. Au cours de sa vie, il avait reçu – comme Résistant - la Croix de Guerre des mains du Commandant Pierre TANANT et la Médaille d’Or du Mérite Polonais – équivalant de la Légion d’Honneur française - pour son action de toute sa vie au bénéfice de la Pologne, actions commencées dans les heures sombres et glorieuses du Lycée de VILLARD DE LANS en 1942 jusqu’aux actions humanitaires des Scouts de CLUSES abandonnées à regret quelques mois avant sa mort. Mais personne n’avait pensé à lui pour la Légion d’Honneur !

 

« Philippe, fidèle à ce que je m’étais toujours promis, je te dédie aujourd’hui ma Légion d’Honneur. Nous la partagerons dorénavant, comme nous avons partagé tant  de choses, tant de moments heureux ou malheureux, tant de secrets.  Tu étais à mes côtés au village détruit de VALCHEVRIÈRE – ô combien important pour toi - le 13 juin dernier, le jour où le général Benoît HOUSSAY, commandant de la 27ème BIM, m’a décoré. À ce moment là, je n’ai pensé qu’à toi et à la richesse de notre amitié. Et aussi à Marinette, ta complice de toute une vie et la mère généreuse dont tu avais toujours rêvée pour vos futurs enfants ? Je t’embrasse, mon Philippe. »

 

 

 

Jean-Noël VARENNE, le 7 juillet 2013 à VILLARD D’HÉRY.

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