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La Guerre d'Algérie

19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 14:05

 

A la rédaction du POINT,

 

 Je suis abonné au Point depuis plusieurs années. J'en apprécie beaucoup les articles dont la plupart me semblent sérieusement documentés et de nature à informer les lecteurs de manière objective. C' est donc avec d' autant plus de liberté que je m' élève contre l' article de François-Guillaume Lorrain, " Ces appelés devenus célèbres ", citant des passages de l' ouvrage de Dominique Paganelli : " Ils avaient 20 ans. Ils ont fait la guerre d' Algérie."


 Il risque d' ancrer encore plus auprès de vos lecteurs, l' idée que la guerre d' Algérie à été " une guerre sale ", comme vient de le faire encore récemment une grande chaine radio, qui, en quelques mots semblait réduire celle-ci à la torture, devenue la grande tarte à la crème, au mépris de la vérité. Une image diffusée auprès des Français de  l' époque dont l' énorme masse  n' a connu que très indirectement cette guerre, et souvent d' ailleurs à travers les salades propagées alors par le PCF, les écrivains, intellectuels, artistes, et consorts, voire même des catholiques "engagés " mais abusés, puis de générations d' élèves ou d' étudiants dont le cerveau a été lavé par un grand nombre de professeurs diffusant à l' école ou à l' université un enseignement teinté d' agit-prop à la soviétique du temps de la guerre froide. 

 A l' exceptions des bavures qui n'ont représenté qu' un nombre extrêmement mineur des actions de violence engendrées par ce conflit, comparé à leur chiffre total - encore faudrait-il ne pas les isoler de leur contexte - la guerre d' Algérie n' a pas été pour les appelés celle que cite l' auteur : " une guerre qui pue ", où " ils avaient vécu quelque chose d' indicible ",..." nous avons tous vécu une horreur " . Il n' y a pas beaucoup d' appelés dont l' alcool ait imbibé la vie, qui aient porté un seau à glace destiné à tenir au frais le champagne de leur colonel, à n' avoir fait que des corvées, ou dont la seule expérience notable semble être d' avoir eu peur, la nuit, au point de prendre le claquement de bec des cigognes pour une rafale de mitrailleuse ou de tirer sur un âne. Tel qu' il se présente, cet article, me parait une insulte à l' énorme majorité des appelés ayant servi en Algérie. Un soldat n' est pas un soudard, une brute ou un tueur, encore moins un boucher et un tortionnaire, mais un homme qui expose sa vie au service de son pays.

 
 La guerre d' Algérie a été essentiellement une guerre de pacification. Les Algériens n' étaient pas un peuple à conquérir mais à essayer de conserver à nos côtés. Si la plupart d' entre eux, pressurés et menacés par le FLN, se réfugiaient dans un attentisme prudent, beaucoup nous témoignaient discrètement leur sympathie pour les diverses formes d'aide que nous leur apportions. Beaucoup servaient dans nos régiments, comme supplétifs, ou comme appelés. Parmi ces derniers, j' ai connu beaucoup de ceux de mon régiment qui étaient appelés à y faire leur service militaire. Beaucoup d' entre eux étaient très dévoués à leurs officiers européens auxquels ils témoignaient leur attachement, et même parfois leur volonté d' aller au combat. Quant à nos appelés français, à l' exception de ceux travaillés par la propagande, ils ont dans une énorme majorité accompli leur service sans se plaindre, avec dignité, honneur, et un grand courage quand il leur fallait affronter les fellaghas ou l' ALN. 
Certains d' entre eux ont même conservé des liens étroits avec leurs officiers d' active, lieutenants et capitaines qui par leur âge étaient leurs frères ainés. La propagande cache soigneusement le fait qu' une réelle relation d' amitié et d' estime unissait souvent les appelés à leurs officiers d' active, alors que, selon la première, tout aurait dû les séparer. Mais ce n' est trop souvent hélas qu' au fond des âmes et consciences qu' on trouve la vérité.

 
 Par ailleurs dans votre offre d' achat du DVD " La guerre d' Algérie sans nom ", il est dit que sur près de 3.000.000 d' appelés en Algérie, 300.000 y moururent, je crois me souvenir , sauf défaillance de ma mémoire, que le chiffre réel des tués fût de l' ordre d' un peu plus de 25.000 En vous témoignant mon indignation devant cet article, je crois interpréter l' opinion de la grande majorité des appelés que j' ai connus en Algérie, comme de celle de mes camarades anciens officiers d' active. Il me semble qu'elle devrait être aussi celle de la plupart des Français, car     c' est la France et tous ceux qui y vivent que l' on trompe ainsi ignominieusement. Même si la partie de ce numéro que vous consacrez à la guerre d' Algérie contient aussi un article sur le général Meyer: " L' honneur d' un capitaine ", et un court mais plutôt élogieux témoignage sur les paras d' un appelé ayant servi dans leurs rangs ( mais situé à côté d' un autre où on les dépeint comme des sortes de mannequins à l' attitude bizarre ), je regrette que cet article ne serve qu'à prolonger la confusion entretenue par les mensonges diffusés sur la guerre d' Algérie, et in fine sans aucun bénéfice pour personne, alors qu' il serait temps de faire oeuvre de vérité dans l' intérêt de toutes les parties concernées, au nom de la paix entre les peuples.


 Je vous prie d' agréer l' expression de mes sentiments distingués.


 Lieutenant-colonel (e.r. ) Gérard Chapuis. Saint-Cyr Coëtquidan. Promotion Général Laperrine ( 1956-58)

 

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