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La Guerre d'Algérie

19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 21:27

Requiem annoncé d'un excellent avion " MADE IN FRANCE "

 

Le Rafale trop cher ? Bienvenue au café du commerce !

C'est le nouveau lieu commun des commentateurs, plus ou moins bien informés, plus ou moins bien intentionnés. Le Rafale est trop cher, donc il ne se vend pas et si la France en achète malgré tout, c'est pour faire plaisir à monsieur Dassault. Bienvenue au café du commerce ! 

"De quoi s'agit-il ?", comme disait le maréchal Foch. 

Oui, le Rafale est cher. Mais cher, veut-il dire trop cher ? Trop cher, par rapport à quoi ? A l'absence d'une défense nationale crédible ? A l'abandon d'un des secteurs industriels les plus performants dans un pays déjà frappé par la désindustrialisation ? A des concurrents étrangers moins performants ou qui entraineraient notre pays dans une dépendance politique ? C'est aussi de cela dont il faut parler et ce blog y contribuera. 

Sur la base des rapports parlementaires, on peut estimer, en divisant les crédits de paiement par le nombre d'avions livrés sur le période 2006-2011, son prix moyen à environ 116 millions d'euros l'appareil. 

Mais attention, ce prix est TTC, c'est-à-dire qu'il intègre les 19,6% de TVA. Une TVA  qui sort des crédits du ministère de la défense mais qui revient au final dans les caisses de l'Etat : pour le contribuable, le prix net du Rafale doit donc être exprimé hors taxe. On est donc à un prix unitaire de94 millions d'euros

Un récent rapport du Sénat estime le cout global du programme Rafale pour les finances publiques à 43,567 milliards d'euros sur toute la durée du programme (en tenant compte de l'inflation depuis le lancement en 1989) et cela, sur la base d'une commande prévue de 286 avions. Soit 152 millions TTC l'unité (ou 112 HT). La différence par rapport à notre calcul précédent s'explique par le fait que ce prix intègre le développement de l'avion, aujourd'hui payé pour la version actuelle (F3) - soit 7,1 milliards d'euros (dont un quart à la charge des industriels). Reste une incertitude dans ce calcul : le nombre final d'avions qui seront construits. Moins il y en aura et le plus le prix unitaire sera élevé - c'est le principe bien connu des économies d'échelles. A l'origine, 320 Rafale devaient être commandés par la France. Actuellement, la cible est de 286 appareils, mais la seule chose certaine est que 180 ont été réellement commandés à ce jour. Et qu'il n'y a eu aucune commande à l'exportation. 

Globalement, et c'est suffisamment rare pour le souligner, les prix prévus à l'origine (en monnaie constante) ont été tenus : la cour des comptes parle d'une dérive de + 4,7%, à comparer au + 51,8% pour l'hélicioptère Tigre ou + 29,1% pour le Véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI). Quant à l'A400M, son prix a augmenté de 25% avant le premier vol... A l'étranger, l'Eurofighter a dérivé d'environ 70% selon le NOA, la Cour des comptes britanniques alors que le F-35 américain est un puits sans fond. L'avion n'étant toujours pas en service, il est risqué d'avancer un prix sérieux. Une chose est déjà certaine : il sera le programme d'avion de combat le plus cher de l'histoire ! Les dernières données disponibles évoquent un cout total de 323 milliards de dollars pour 2443 appareils destinés aux seules forces américaines (USAF, USN, USMC). Soit 101 millons d'euros l'unité. Sachant que les coûts de développement ont explosés de 40% et ceux de la production de 60 à 90% selon les versions, rien n'indique que cette course folle est terminée. 

Et pourtant, des pays plus ou moins comparables à la France vont l'acheter... quoi qu'il leur en coûte. Le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark, le Canada, Israel, l'Australie, la Turquie, Singapour - et peut-être rapidement le Japon, vont s'embarquer dans ce programme. Or, contrairement au Rafale, il ne s'agit pas d'un avion polyvalent, mais un appareil prioritairement destiné à l'attaque au sol. D'ailleurs toutes les forces aériennes de premier rang prévoient de conserver, à côté, un intercepteur air-air pas forcément bon marché non plus comme le F-22 ou l'Eurofighter Typhoon... 

Cinq pays européens de l'Alliance atlantique vont choisir le F-35 américain : on voit par là que l'acquisition d'un avion de combat est un choix avant tout politique. Il arrive que le prix soit la question, par exemple dans le cas de la Suisse qui vient de préferer le Gripen suèdois au Rafale français. L'avion est moins cher, en effet, mais pour une bonne raison : il est moins performant que le Rafale. Propagande de Dassault ? Non, évaluations des aviateurs suisses eux-même. Mais la Suisse n'avait sans doute pas besoin d'un avion de la gamme du Rafale. Pour sa défense aérienne, elle a d'excellents F-18 et il lui fallait remplacer ses antiques F-5... un chasseur léger de la génération des Mirage III. 

Le Rafale est un excellent avion - sans doute le meilleur jamais produit par l'industrie aéronautique française en un siècle d'existence. La centaine d'avions livrés à ce jour [104 exactement, dont 4 ont été perdus  et 10 de premier standard sont sous cocon dans la Marine] permet de s'en faire une idée précise de ces qualités. Le Rafale a déjà participé à deux conflits (Afghanistan et Libye) et il assure au quotidien des missions de défense aérienne (Posture permanente de sécurité) et de dissuasion nucléaire. Sa polyvalence est son point fort : il peut remplir des missions d'interception air-air, de reconnaissance, d'attaque au sol et de frappes stratégiques, à partir du sol ou d'un porte-avions. Le seul avion comparable au monde est le F-18 E/F. 
Ajoutons que cette polyvalence permet de réduire le nombre d'avions nécessaire pour remplir l'ensemble des missions. A titre d'exemple, et selon les calculs des experts, ce que les Suisses voulaient faire avec leur 22 appareils à acquérir aurait pu être réalisé par 12 Rafale. 

Il y a, dans notre pays, un vrai masochisme national, à dénigrer nos succès. C'est quelque chose d'étrange. Préferions nous nous être embarquer dans l'affaire de l'Eurofighter, un avion qui coute plus cher au contribuables des pays concernés et qui peine à être vraiment opérationnel, comme les Britanniques l'ont vu en Libye (et jamais vu en Afghanistan...) ? Préfererions nous devoir acheter des F-35, à un coût d'acquisition et de possession complètement imprévisible, avec la garantie de ne jamais accèder aux codes-sources de l'appareil et en se mettant à la merci de Washington pour son avenir (pensons à la crise franco-américaine au moment de l'Irak) ? 

Il est vrai que le Rafale ne s'exporte pas. C'est un problème très sérieux. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu'il a d'abord été conçu et qu'il est acheté pour répondre aux besoins de la défense nationale. Y-a-t-il un problème à ce niveau là ? Si oui, parlons-en. 
  
Le fait qu'il ne s'exporte pas (ou pas encore, espérons-le) a une conséquence pour le budget de l'Etat. Les commandes publiques doivent maintenir à flot la chaine de fabrication de l'avion. Le rythme n'est pas insoutenable : 11 avions par an, c'est-à-dire un par mois (sauf en août quand l'usine de Mérignac est fermée). L'usine est conçue pour en produire deux par mois - soit 22 par an. 
Mais onze avions par an, est-ce déraisonnable pour les forces armées ? A ce rythmne, il faut deux ans pour équiper un seul escadron de l'armée de l'air. Au cours des trois prochaines années, elle en recevra 25 et la marine 8. Là encore, on est pas dans les cadences infernales et le surarmement. A ce rythme de 11 avions par an, il faudrait un quart de siècle pour rééquiper les armées en avions de combat... 

Livré aux compte-gouttes, mais pesant lourd pour les finances publiques (1), le Rafale restera en service sans doute une quarantaine d'années. Traduisez : en 2050, il volera encore. D'ici lors, il aura fallu les moderniser pour qu'ils ne soient pas déclassés. D'où l'importance stratégique pour notre pays de conserver la capacité de le faire. Cela s'appelle des bureaux d'études et des ateliers. Bref, des industriels. 

(1) On pouvait lire récemment sous une plume trop légère que le Rafale représentait 35% des dépenses d'équipement de la Défense. Pas très sérieux : 14 %  (1,57 milliards en 2012 pour un total de 11,13), c'est déjà beaucoup. 

Jeudi 15 Décembre 2011
Jean-Dominique Merchet
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