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La Guerre d'Algérie

15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 21:04
 
           
Lors de l’exposition organisée en 2006 et 2007 par l’Amicale des Anciens Combattants de Biviers et Saint-Ismier, concernant les faits marquants de la Résistance dans le Grésivaudan de 1940 à 1944, nous avons été frappés par le passage à la Résistance des Gendarmes de Saint-Ismier dans l’été 1944.
           
 
Le passage à la Résistance d’une unité de la Gendarmerie, institution pour laquelle la fidélité aux autorités légales est une règle absolue, est donc un événement particulièrement grave, voire dramatique.
Nous avons tenté d’en comprendre les motivations, de savoir quelle a été l’action des gendarmes dans la résistance, quelle a été leur attitude à leur retour.
Des recherches dans les archives de la Gendarmerie et des témoignages d’anciens de Saint-Ismier nous permettent de le savoir en partie.
Nous nous limiterons ici à la période qui a suivi l’invasion de la zone dite « libre » de la France, par les Italiens et les Allemands le 11 novembre 1942, en réaction au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord.
-0-
Notre région n’avait pas véritablement connu l’occupation ennemie, l’occupation italienne s’étant révélée jusqu’alors relativement bénigne ; cependant plusieurs actions furent dirigées contre les Italiens par les Résistants. Après la capitulation de l’Italie ( septembre 1943 ) les Allemands désarment les Italiens et prennent leur place, mais beaucoup plus durement.
Le gouvernement de Vichy menait une politique de collaboration avec l’Allemagne, impliquant la lutte contre les Résistants, par le moyen de la police et de la gendarmerie, et aussi, par la suite, de la « Milice ». L’insistance allemande en vue d’obtenir de plus en plus d’aide de ces forces a créé parmi elles un douloureux conflit : à qui devons-nous obéir ? quels ordres devons-nous exécuter ? ne faut-il pas faire semblant et ne rein faire ? ne faut-il pas aller plus loin encore ?
Peu à peu, l’espoir puis la certitude de la victoire des Alliés gagne la population ; certains décident d’y contribuer.
 
C’est dans ce contexte difficile que vivent - comme tout le monde – les gendarmes de Saint-Ismier. En 1944 ils sont au nombre de six ; quatre sont mariés et pères de famille. La gendarmerie est située sur la route nationale, aux Maréchaux  GN.JPG. Leur vie quotidienne est difficile : malgré l’attribution de tickets de rationnement supplémentaires, ils subissent les restrictions. Aux activités de routine ( vols, enquêtes diverses) s’ajoutent bien des tâches imposées par le régime politique : recherche de documents anti-allemands, contrôle des transports de marchandises contingentées ou interdites, situation des étrangers et des juifs, enquêtes sur des personnes et leur « attitude au point de vue national », et recherche des réfractaires au STO.
Le « Service du Travail Obligatoire » imposant à tous les hommes de 20 à 24 ans d’aller travailler en Allemagne, a provoqué un rejet unanime de la population. Malgré les sanctions prévues contre les proches de ceux qui voudraient s’y soustraire, les « réfractaires » sont d’emblée très nombreux ; ce sont eux , qui, se cachant, vont gonfler tous les effectifs des « maquis ». Une partie de ces maquisards deviendront des combattants de la Résistance.
 
 
Les gendarmes se heurtent à l’hostilité générale lorsqu’ils recherchent, comme cela leur est prescrit, les réfractaires au STO. C’est pour eux un grand embarras. Ils remettent quelques-uns aux occupants, mais la plupart du temps affirment qu’ils ne les trouvent pas. La brigade reçoit des listes de personnes à rechercher : elle n’en trouve aucune. Elle affirme dès juin 1943 qu’il n’y a aucun groupe constitué de réfractaires, et maintient par la suite cette affirmation.
Pourtant « le gendarme se sent isolé de la population qui se méfie de tout ; il n’a plus la confiance de la population. ».
Les gendarmes ont aussi à connaître des vols de tickets de rationnement dans les mairies, des vols de véhicules, d’animaux de boucherie, de vêtements, de vin etc.. dans bien des cas, les rapports d’enquêtes se terminent par les mots, « ni indice, ni soupçon »..
Il s’y ajoute les enlèvements, meurtres et arrestations par la Milice et la Gestapo, comme celle de trois enfants juifs cachés depuis des mois au couvent de la Providence à Corenc, que les religieuses ont dû se résigner, sous la menace, à laisser partir ; l’arrestation au Sappey de 19 personnes qui s’y cachaient, l’arrestation de 2 personnes à Corenc.
En mai 1944, l’insécurité est générale, et les gendarmes eux-mêmes en sont les victimes.. ou complices.
Une inspection du capitaine dans les brigades de Domène et de Saint-Ismier le 23 mai 1944 ne recueille « aucune remarque, aucune demande, aucune réclamation ». Tout va bien en apparence..
Mais le 9 juin 1944, trois jours après l’événement décisif qu’est le débarquement allié en Normandie, le Préfet ordonne le regroupement des brigades à Grenoble, afin de disposer d’une force nombreuse, de protéger la préfecture, et de mettre les gendarmes à l’abri d’actions hostiles ( et de tentations..).
Ce jour-là, à l’arrivée de cet ordre, les six gendarmes de Saint-Ismier disparaissent, tous ensemble, en même temps !
Où sont-ils allés ?
Ils ne sont pas allés loin : ils ont rejoint le maquis du voisinage, dirigé par Jean Berfini, alias capitaine Dax. Voici leur rapport du 11 janvier 1945 :
«  Le 9 juin 1944, tous les militaires de la brigade de Saint-Ismier, qui était composée de l’Adjudant Heinis Lucien, de Vidaud André, Jarlot Robert, Dexpert Jean, Reytet René et Combret Jean ont rejoint les formations de la résistance. Dès les premiers jours, tous ces militaires ont été employés au commandement et à la surveillance du camp de Sainte-Marie-du-Mont (Isère), camp en formation. 
Ce dernier ayant été dissous à la suite d’une opération effectuée par les Allemands, ces militaires ont été affectés à la prévôté du secteur 6 du Grésivaudan, sous le commandement du Cdt Vauban, l’actuel Préfet de l’Isère.
Bien avant leur départ au camp, tous ont toujours fait de leur mieux pour faire échouer les ordres donnés par les Allemands, et qui consistaient à persécuter les jeunes du STO, le maquis, les israélites, etc..
D’autre part, la brigade a de tout temps conservé des relations cordiales avec les chefs du maquis. Ces derniers venaient fréquemment à la brigade, ceci depuis le début de la résistance. Tous les militaires de la brigade étaient au courant des dépôts d’armes et de munitions, ainsi que des coups effectués par le maquis. Tous ces renseignements nous étaient fournis par le chef des Groupes Francs, le Cdt Nal, qui avait son PC dans notre circonscription, en contre partie des renseignements sur les agissements des Allemands ou de la Milice dont nous pouvions être en possession, les concernant.
 
 
 
La brigade n’a jamais participé à aucune opération quelle qu’elle soit dirigée par les Allemands ou la Milice. »
 
A ce rapport, s’ajoutent quelques autres, plus brefs, qui apportent des précisions sur l’activité de tel ou tel gendarme. Ils ont participé à au moins un combat, et contribué à l’ordre et à la discipline parmi les maquisards.
Grenoble a été libérée le 22 août 1944… des chefs provisoires de la Gendarmerie sont nommés, qui dès le 28 août ordonnent la remise en marche des brigades. Cela se fait très vite : dès le 1er septembre, les six gendarmes ont repris leur poste… et leurs activités de routine. Ils se déclarent heureux de constater que la population a approuvé leur attitude et leur restitue sa confiance. Ils n’ont pas raconté grand chose aux gens de Saint-Ismier, et rien n’est rapporté sur ce sujet dans les PV du Conseil Municipal.
Loin d’être exceptionnelle, l’attitude des gendarmes de Saint-Ismier a été celle de nombreux autres : sur les 19 brigades de la section de Grenoble, 13 ont été « défaillantes », le même jour, 51 gendarmes sont « défaillants », et 32 ont été « enlevés » par des maquisards ; soit 83 gendarmes disparus sur 173 : la moitié !
La Gendarmerie a été bouleversée par ces évènements : entre ceux qui sont passés à la Résistance et ceux qui, de gré ou de force, sont restés fidèles au gouvernement de Vichy, les tensions et rancoeurs ne se sont pas effacées rapidement. Les gendarmes reprennent leurs activités normales autant qu’il est possible , mais ils constatent que bien des faits criminels continuent à se produire, impunément. Leurs relations sont difficiles avec les FFI ( pas à Saint-Ismier) et divers organismes arrivés nouvellement au pouvoir, qui veulent dicter leur loi. Cette situation trouble, cause chez eux lassitude et découragement.
La hiérarchie s’efforcera d’apaiser les conflits, de séparer ceux qui ne peuvent pas s’entendre, de revenir aux règles normales, et de rétablir l’obéissance totale.
En conclusion, on voit que les gendarmes de Saint-Ismier n’ont  pas accompli au maquis d’exploits extraordinaires, mais leur refus d’être regroupés à Grenoble le 9 janvier 1944 est leur acte décisif de rupture avec ce qu’ils n’approuvaient pas depuis longtemps.
D’un commun accord, ils ont choisi la lutte pour la libération de la France, et c’est pourquoi, dès le 30 janvier 1945, ils ont été chacun individuellement, mais ensemble, l’objet d’une proposition en vue de l’attribution de la « Médaille de la Résistance Française ».
 
 
L’auteur exprime ses remerciements aux familles Combet, Frondel, Jay, Martinet.
 
Pierre Chibon.
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