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La Guerre d'Algérie

20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 20:50
 
L'ÉLOGE FUNÈBRE DE ROLAND DE LA POYPE. LES OBSÈQUES DE L'ANCIEN DU NORMANDIE-NIÉMEN
ONT EU LIEU MARDI AUX INVALIDES. LES CHOEURS DE L'ARMÉE ROUGE AVAIENT FAIT LE DÉPLACEMENT
 
AUCUN MINISTRE FRANCAIS N'ÉTAIT PRÉSENT !
 
>  VOICI L'ÉLOGE FUNÈBRE DE ROLAND DE LA POYPE, ANCIEN DU NORMANDIE-NIÉMEN, PRONONCÉE HIER PAR MAX ARMANET LORS DE SES OBSÈQUES À SAINT-LOUIS DES INVALIDES.
> >
SI LES CHOEURS DE L'ARMÉE ROUGE AVAIENT FAIT LE DÉPLACEMENT,
ON NE PEUT PAS EN DIRE AUTANT DES AUTORITÉS POLITIQUES DE NOTRE PAYS. 
> >
ROLAND DE LA POYPE ÉTAIT SIMPLEMENT COMPAGNON DE LA LIBÉRATION, HÉROS DE L'UNION SOVIÉTIQUE,
GRAND-CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR.
Il est des hommes qui nous marquent.
Il est des hommes qui nous entraînent.
Il est des hommes qui nous illuminent.
 
Nous sommes tous là, aujourd'hui, pour répondre à l'invitation de Roland de la Poype.
> >  
> >
> >
> > Compagnon de la Libération, héros de l'Union soviétique, grand-croix de la Légion d'honneur, ils sont deux dans notre histoire à avoir réuni ces distinctions exceptionnelles. Roland de la Poype, Marcel Albert.
Deux frères d'armes qui furent l'honneur de la France d'avoir traversé le monde pour se retrouver aux côtés de leur frères russes et résisterà la barbarie nazie.
Deux preux dont l'amitié incarnait le tissu recousu de la France.
Marcel Albert, le titi métallo de Billancourt et Roland de la Poype, l'aristo lunaire d'Anjou.
C'est l'épopée du Normandie-Niémen, voulu par le Général de Gaulle, contre l'avis des alliés anglo-saxons,
Groupe de chasse numéro 3, quatorze pilotes, cinquante mécanos, débarqués sur la terre russe en novembre 1942 alors que la Bataille de Stalingrad bat son plein.
De ce premier contingent, quatre pilotes revinrent vivants.
Pendant trois années, cette poignée de Français libres va arpenter l'immensité russe pour témoigner de la fraternité de la France face à l'ennemi fasciste.
Au final, le meilleur score de la chasse française avec 273 victoires homologuées.
 
Quatorze d'entre elles furent le fait de Roland de la Poype.
Roland de Roncevaux avait entre ses mains Durandal, Roland de la Poype a un Yak, le n°24 sur lequel son mécano a peint une gueule de requin.
Il appartient au 18ème régiment de la Garde commandé par le colonel Goboulov,
unité de la prestigieuse 303ème division aérienne sous les ordres du général Zakharov.
Mais le résultat de la présence du Normandie aux côtés des Russes ne se réduit pas à un score,
elle refonde les bases légendaires d'une amitié entre les peuples qui dure encore.
Pour résumer cette épopée, Roland citait un exploit de pure fraternité qui, lorsqu'il l'évoquait, soixante ans après, lui nouait encore la gorge :
le sacrifice de Maurice de Seynes.
> > La tradition sur le front russe était d'emporter lors des vols de liaison, dans la soute du Yak, le mécano attitré de l'avion.
> > L'affection qui se tissait entre le pilote français et le mécanicien russe sont des liens que seules les misères d'une pareille guerre permettent de tisser.
Le 15 juillet 1943, lendemain de la fête nationale française, changement de terrain.
> > Les quatre escadrilles décollent les unes après les autres du terrain de Doubrovka.
Maurice de Seynes emmène Vladimir Bielozoub, coincé derrière le siège du pilote, dans la soute, sans parachute.
> > Au bout de quelques instants, de Seynes revient, l'habitacle envahi de fumée.
> > Aveuglé, tentative après tentative, de Seynes essaie de se poser... Vainement.
> > Le commandement français puis russe, lui ordonne d'abandonner son avion et de sauter en parachute.
> > La vie d'un pilote expérimenté est une denrée rare et précieuse. Seynes refuse.
> > Sauter, c'est abandonner Bielozoub.
> >  Les camarades restés au sol entendent la respiration oppressée de leur camarade qui se mure dans le silence.
> > Tous approuvent dans leur cœur le choix de Maurice. Ils feraient de même.
> > Quelques instants plus tard, à l'issue d'une ultime tentative, l'avion percute le flanc d'une colline proche.
> > Maurice de Seynes et Vladimir Bielozoub ont été enterrés côte à côte dans la terre de Doubrovka.
> > A la fin de la cérémonie, les enfants du village sont venus déposer un bouquet tricolore de fleurs des champs sur les tombes des deux amis.
> > Une semaine plus tard, à l'issue des féroces combats entourant le franchissement du fleuve Niémen,
Staline accordait au groupe de chasse Normandie la dignité d’accoler à son nom celui de Niémen.
> > En Russie, le nom des deux héros et le nom de Normandie-Niémen sont toujours connus par tous les écoliers et toujours enseignés avec respect.
> > Sans le Normandie-Niémen, sans les étoiles de Héros de l'Union soviétique accordés à quatre de ses aviateurs,
sans le baiser à la Russe, sur la bouche, que Staline donna à Pouyade, le commandant du désormais célèbre Neu-Neu, selon son surnom familier,
à la Noël 1944, les accords signés entre la France et l'Union soviétique la même nuit ne l'auraient pas été ;
la France n'aurait sans doute pas été autorisé par Staline a figuré à la table des vainqueurs de Berlin, le 8 mai 1945.
L 'épopée Normandie-Niémen nous enseigne qu'il n'est pas de grande politique durable sans humanité.
> > Ces garçons de vingt ans qui firent sérieusement, la guerre dans l'honneur jusqu'à la victoire, aimaient rire, vivre, aimer.
> > Ils faisaient juste leur devoir de Français, sans lequel il ne peut exister nulle prétention à l'exercice d'aucun droit.
> > A côté de La Poype, Albert, le duo légendaire du Normandie, Marcel Lefèvre , Jean de Pange, Pierre Pouyade, Joseph Risso,
 les mécanos Georges Marcelin, Alexandre Kaprolov.
> > Fraternité des gens de l'air...
> > Et puis les amis d'Angleterre Jean Maridor, Christian Martell, Charles Ingold, Henri de Bordas, Claude Raoul-Duval, Pierre Clostermann, Paddy Finucane,
« We few, we happy few, we band of brothers », disait Shakespeare.
> > La France libérée, Roland de la Poype a quitté l'uniforme, pris un métier,épousé une femme, fondé une famille qu'il a profondément aimée.
> > Entrepreneur visionnaire, il réinvente l'industrie du plastique.
> > Il créé le berlingot Dop, dessiné par Vasarely, ce conditionnement de shampoing commode et bon marché qui révolutionne l'hygiène en France.
> > Ses emballages plastiques de l'agroalimentaire sont les plus présents en Afriqueet en Amérique latine.
> > Maire de Champigné, membre actif de l'Aéro-Club de France, la maison des ailes françaises,
plus ancienne institution aéronautique au monde et dont il reçu comme Guynemer la grande médaille d'or.
> > Roland touche à tout ; il invente une voiture économique, écologique, modulable, la Méhari, présente dans tous les musée de design.
> > L'environnement pour lui est une passion avant qu'elle ne soit une mode.
> > Il fonde le Marineland d'Antibes afin de permettre à ses contemporains de connaitre la vie des grands animaux marins.
> > Mais au milieu de ce parc éblouissant,
il dresse un magnifique musée de la marine ainsi qu'un autre rendant hommage au débarquement de Provence d'Août 1944.
> > La distraction se conjugue alors à la connaissance, à l'histoire, à la culture.
> > On n'en finirait pas d'évoquer les projets futuristes que Roland de La Poype, jusqu'au bout, ne cessaient d'imaginer.
> > Au final, il aura fait plusieurs fois fortune, réinvestissant à chaque fois le gain accumulé afin d'entreprendre une nouvelle aventure.
> > La preuve par trois, en des temps où la cupidité est louée par les petits et les grands, que l'on peut faire fortune et enrichir la collectivité.
> > Toujours léger, il refusait farouchement tout statut d'icône, moquait tous ceux qui l'abordaient avec componction et solennité.
Il détestait les contraintes mais vouait une incroyable fidélité à la parole donnée.
> > Roland s'est éteint rempli des forces que donne l'amour en tenant la main de son épouse Marie-Noëlle,
de cet amour plus fort que la mort, qui continue une fois la terre quittée.
> >  
 
Max Armanet
> >  
> >
Aucun membre du gouvernement n'était présent : quelle HONTE !
>  
 
 
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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 20:34

27 Août 2013 Valeurs actuelles

Par

François d'Orcival

 

 

 

Hommage. 1922-2013 “Le paradoxe de mon existence aura été d’être souvent attiré aux avant-postes de l’Histoire, d’en côtoyer les passions et les brûlures, tout en demeurant, sur le plan intérieur, en proie au questionnement…” Photo © AFP

 



« J’approche du mystère et je me sens plus démuni qu’un enfant. » Hélie de Saint Marc avait laissé, il y a trois ans, un testament spirituel sous le titre l’Aventure et l’Espérance. « À mon âge, écrivait-il, c’est peut-être la seule grâce qui reste, cette flamme fragile, si bouleversante, que je veux confier à mes lecteurs. » C’est parce qu’il a voulu la transmettre intacte, au-delà de la génération de ses frères d’armes, à celle de leurs enfants et petits-enfants, que cette flamme ne s’est pas éteinte le matin du lundi 26 août.

« Repiquer chaque matin le riz de nos souvenirs, écrivait-il encore, pour que d’autres en extraient quelques grammes d’humanité, pour les repiquer ailleurs. » Il était la sentinelle, le veilleur d’une très longue Histoire, le témoin dont parle Pascal quand il dit : « Je ne crois qu’aux témoins qui se font égorger. » « Les témoins, rappelait Saint Marc, sont le sel d’un pays. De près, ils brûlent la peau car personne n’a envie de les entendre. »

La première fois qu’il se fit entendre par d’autres hommes que ses soldats, ce fut le 5 juin 1961 devant le président et les huit juges du Haut Tribunal militaire réunis au palais de justice de Paris. Il portait son uniforme de sortie, son béret vert de légionnaire parachutiste et ses décorations (treize citations) sur la poitrine. « Depuis mon âge d’homme, monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves, dit-il, la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez et puis encore la guerre d’Algérie. »

Il s’exprime ce jour-là comme détenu sous le mandat d’arrêt délivré le 6 mai 1961 par le juge Henry Théret à Denoix de Saint Marc, Marie Joseph Élie (avec une faute d’orthographe), né le 11 février 1922, commandant le 1er régiment étranger de parachutistes (Rep), cantonné à Zéralda (Algérie), sous l’inculpation d’“occupation d’édifices publics, port d’arme d’un mouvement insurrectionnel, intelligence avec les dirigeants d’un mouvement insurrectionnel”. Il s’en explique devant ses juges : « Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer… »

C’est pour cette raison-là, pour ne pas renier les engagements qu’il avait pris sur l’honneur en Algérie au nom de l’armée française, pour ses hommes, pour ses harkis, que six semaines plus tôt, le 21 avril 1961, il avait rallié un général entré en révolte, Challe, qu’il admirait comme il avait admiré de Lattre en Indochine. Il avait entraîné son régiment dans un putsch militaire et son destin avait basculé. Il est condamné, lui l’officier français, résistant, déporté, légionnaire, à dix ans de détention criminelle. Incarcéré à la Santé, à Clairvaux, à Tulle, il sera gracié par de Gaulle et libéré le jour de Noël 1966.

Le soldat jusqu’alors plongé dans l’action passe brutalement de l’aventure la plus intense à l’enfermement total. « Ce fut un temps de réflexion après une vie d’une incroyable richesse et le commandement d’hommes étranges et rudes. La prison peut pourrir. Elle m’a permis de beaucoup travailler. » Il avait près de lui aussi bien Péguy — « Mère, voici vos fils qui se sont tant battus » — qu’Aragon, Conrad, Kipling, ou même Duras — Un barrage contre le Pacifique, « le livre de l’enthousiasme et de l’utopie », dira-t-il. Ce temps de réflexion est aussi un temps de travail sur lui-même.

Mais à sa sortie de prison, le destin extraordinaire de ce soldat n’intéresse personne ou presque. Après tout, écrira Laurent Beccaria, son petit-neveu (il est le fils d’une Saint Marc), « il partageait avec les autres réprouvés une mémoire blessée et orpheline ; il avait connu la prison, la dégradation et la privation des droits civiques ». À 60 ans, « il était encore en quête de sa vérité et mettait une intensité rare à la recherche du passé ».

Ce passé, Beccaria, né deux ans après le putsch d’avril 1961, le fait surgir dans une biographie publiée en 1988. Apparaît soudain devant le grand public comme une figure de Commandeur ce personnage de légende, combattant de la Résistance à 19 ans, arrêté par la Gestapo à 21, déporté au camp de Buchenwald, puis transféré par un froid glacial dans un tunnel pire encore, Langenstein, et finalement libéré de cet enfer quotidien le 9 avril 1945 alors qu’il vient d’avoir 23 ans… Il s’est nourri de Malraux — « l’espoir ne commence qu’au-delà du courage et du malheur » — ou de Montherlant — « je reste pour juger quels bonheurs valaient que je périsse ».

Que faire après une telle épreuve ? L’armée ? Défaite en 1940. Alors les services spéciaux ? Il se laisse finalement convaincre : ce sera quand même Saint-Cyr, pour être officier. À la sortie, il choisit la Légion. « J’ai été attiré par elle comme par un aimant. Sa mythologie faisait partie du roman national. Mais je me suis surtout dirigé vers le seul univers dans lequel je pourrais refaire ma vie en entier, dans lequel je pourrais reprendre goût au bonheur. »

La Légion l’emmène au Maroc, en Indochine, à Suez, en Algérie enfin : auprès du général Massu, qui conduit la bataille d’Alger, d’abord comme chef de cabinet, puis comme chargé des relations avec la presse. Cette bataille d’Alger est gagnée, même si c’est dans la douleur. Sur un coup de tête, Saint Marc demande un congé sans solde et s’en va. Mais c’est pour revenir, en avril 1960, après la révolte des Barricades, reprendre un poste à l’état-major de la 10e division parachutiste et retrouver son 1er Rep dans le djebel, en Petite-Kabylie. Jusqu’à ce vendredi 21 avril 1961, où il reçoit un message du général Challe, qui l’appelle à Alger.

Après une heure d’entretien, Saint Marc rentre à son PC de Zéralda, convoque les sept commandants de compagnie de son régiment : « Ce que nous allons faire est très grave, leur dit-il. Nous y risquons notre peau. Si jamais ça tourne mal, c’est moi qui prendrai la responsabilité de cette aventure. »

Elle tourne mal, en effet, au bout de quatre jours. Comment avait-il pu se laisser engager dans une telle affaire, aussi contraire à l’obéissance et à la discipline, aussi risquée à l’époque qu’elle paraît incroyable aujourd’hui ? C’est cela qu’il tente de faire comprendre à un tribunal militaire qui se refuse à comprendre. « Monsieur le président, dit-il, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans, j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé. C’est en pensant à mes camarades, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur que j’ai fait, devant le général Challe, mon libre choix. »

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 15:14

 

Cardinal Philippe Barbarin

 

Lyon, Primatiale St Jean, le 30 août 2013

Romains 8, 14…35, Jean 12, 24-28

Madame, chers frères et soeurs

 

,

«

 

Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »

La dernière phrase de l’Evangile qui vient d’être proclamé ne parle pas du commandant Hélie Denoix de Saint Marc, bien sûr, mais elle nous touche profondément en ce moment !

Cette voix réconfortante qui vient du ciel répond à une demande angoissée de Jésus. «

 

Maintenant, je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais non, c’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci. Père, glorifie ton nom ! » Le Seigneur n’a pas caché son angoisse devant les souffrances de la vie et à l’approche de sa Passion. Nous sommes ici à la fin du chapitre 12 de l’Evangile de St Jean, et les lignes qui suivent sont justement celles de l’heure des ténèbres où Jésus s’écriera : « Mon Père, mon Père pourquoi m’as-tu abandonné ?

»

Frères et soeurs, ce texte de l’Evangile et les lectures de la Messe ont été choisis par Madame de Saint Marc et ses filles. On pourrait leur demander les raisons de leur choix. En préparant cette Messe, dans la prière, je me suis interrogé à ce sujet et j’ai pensé qu’elles voulaient, sans doute, évoquer la lumière qui émane de la vie de celui qui nous rassemble dans la Primatiale saint Jean-Baptiste, cet après-midi.

C’est d’abord un texte vigoureux de Saint Paul, dans l’épître aux Romains, que nous avons entendu. Il offre un regard général sur les souffrances du temps présent et même sur l’ensemble de la création :

 

« Oui, nous le savons bien la création tout entière crie sa souffrance. Elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » Saint Paul ne veut pas les cacher, mais il crie plus fort encore son espérance : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.

»

A vrai dire, j’attendais que vous choisissiez l’Evangile du centurion, un soldat romain dont la droiture fait toujours notre admiration.

 Dans « Les Champs de braises1 », Hélie de Saint Marc, jeune officier, émerveillé par la mission qui lui est confiée, s’écrie : « Lors d’un assaut, le pouvoir d’un commandant de compagnie était impressionnant. La vie d’une centaine d’hommes dépendait de mon jugement. Je disais ‘’Va’’, et le légionnaire allait, sans un murmure, sans un mouvement de recul2

. » On a vraiment l’impression d’entendre la voix du centurion s’adressant à Jésus (cf. Luc 7, 1-10).

1

 

Hélie de Saint Marc, Les Champs de braises, mémoires,

Perrin, 1995.

2

 

Ibid.,

p.137.

Eh bien non, vous avez souhaité nous offrir une perspective plus haute en nous emmenant sur l’un des sommets de l’Evangile qui surplombe toute la vie de Jésus. Vous nous invitez aussi à relire ce passage où Paul regarde non seulement les souffrances de sa vie ou celles des jeunes communautés chrétiennes, mais la création tout entière. Quelle hauteur de vue, quand il conclut par cette profession de foi : «

 

Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? J’en ai la certitude, ni la mort, ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur.

» Grâce à vous, c’est donc avec cette lumière que nous regardons, aujourd’hui, la vie d’Hélie de Saint Marc.

Nous voici donc en compagnie de Jésus qui, à la veille de sa Passion, est envahi par les ténèbres et ne trouve plus ses mots. Vous l’avez entendu : « J

 

e suis bouleversé, que puis-je dire ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais non ! » Ce serait se mettre en contradiction avec la logique et la lumière de tout ce qui a guidé sa vie. Il ne cache pas qu’il est perdu, et il est difficile pour nous, ses disciples, de percevoir le désarroi de notre Maître. Sa demande est belle ; nous l’entendons comme un appel à l’aide, un cri : « Père, glorifie ton fils ! » Ces mots sont tout proches de la première demande du Notre Père : « Que ton nom soit sanctifié ! » que, bien souvent, nous disons machinalement car elle est trop élevée pour nous. Les anges chantent le nom très saint de Dieu (cf. Is 6, 3), mais nous, nous sommes plus à l’aise pour demander le pain ou le pardon, pour avoir la force de faire sa volonté ou de résister à la tentation … Nous savons parler de choses concrètes, mais sanctifier, glorifier le nom de Dieu, c’est un horizon qui ne nous est ni naturel ni familier, qui est nous dépasse complètement !

3

C’est pourtant à ce rendez-vous que vous avez voulu nous conduire. Hélie de Saint Marc disait qu’il voyait plus facilement le mal que la présence de Dieu. Il avait une foi difficile, sinon douloureuse. Il n’affirmait guère qu’il croyait en la résurrection, mais préférait dire : « Je n’ai pas d’autre solution ! ». Il voulait vivre et mourir dans la logique de cette foi, trésor reçu de sa mère. Dans une conversation avec un moine, ce dernier parvient à le réconforter en disant : « Ne vous en faites pas, c’est une grâce ! Certains ont une foi simple et lumineuse, tandis que d’autres avancent dans l’obscurité, en attendant que l’astre du matin se lève dans leurs coeurs (cf. 2 P 1, 19). Moi, par exemple, en l’espace d’une heure, j’ai peut-être une minute de foi pour cinquante-neuf de doute ou de ténèbres. Mais dans cette minute, quelle fulgurance, quelle lumière ! Et cela me suffit pour avancer. »

Ce passage de l’Evangile éclaire toute la vie de Jésus, nous permet de rendre grâce pour celle d’Hélie de Saint-Marc et interroge la nôtre : Est-ce que ma vie glorifie le nom de Dieu ? Est-ce que je sanctifie Son nom ? C’est une question à laquelle il nous est difficile, voire impossible de répondre. C’est pourquoi la réponse ne peut venir que d’en haut. Une voix se fait entendre du ciel, qui nous réconforte : «

 

Je l’ai glorifié.» D’un seul coup, s’illumine toute la vie de Jésus, même si elle semble se terminer dans l’ignominie. Mais le message ne s’arrête pas là : «…et je le glorifierai encore

. » Merci, Seigneur, pour ce futur ! Nous ne sommes pas là seulement pour faire le bilan du passé, mais nous avons l’assurance qu’il y a encore beaucoup à recevoir. Jésus avait promis l’envoi de l’Esprit-Saint pour nous enseigner, nous rappeler et nous conduire vers la vérité tout entière (cf. Jn 14, 26 ; 16, 13).

La vie d’Hélie de Saint Marc, beaucoup l’ont évoquée ces jours derniers, et d’autres l’évoqueront mieux que moi, par exemple, dans un moment, sur le parvis de la cathédrale. Des noms de lieux se bousculent : Bordeaux et la Dordogne, Buchenwald et Langenstein, l’Indochine et le village de Talung, un nom brûlant qui restera marqué au fer rouge dans sa mémoire, Coëtquidan et Perpignan, Zéralda et Alger, le lieu de la fracture et de la rupture. Puis, la Santé, Clervaux, Tulle, ces prisons évoquées par ses filles au début de la Messe, puis le premier Noël de retrouvailles en famille, près de Nantes. Et Lyon, depuis cinq décennies - quelle joie, quel honneur pour notre ville ! - avec, en retrait, la

 

 

Garde-Adhémar, lieu d’affection familiale, d’amitié, de repos… C’est là justement que, le 26 août, Hélie de Saint Marc est entré dans le repos éternel.

 

Des noms de personnes, il y en a beaucoup aussi. On peut les retrouver dans ses livres, ses mémoires. Je n’en ai retenu qu’un, celui qui m’a semblé revenir le plus souvent, toujours évoqué avec grande émotion : l’adjudant Bonnin, mort en Indochine, « la plus belle figure militaire que j’ai rencontrée

 

3

», écrit-il.

 

3

 

Ibid.,  

p. 282, 143.

 

4

 

Ibid. 

, p. 285.

 

5

 

Ibid. 

, p. 136.

 

 

Aujourd’hui Hélie de Saint-Marc se tourne vers Dieu, et nous l’entendons demander : « Père, est-ce que ton nom a été sanctifié, glorifié dans ces lieux et aux différents étapes de ma vie ? » Certes, la réponse nous échappe. Ici, nous sommes réunis pour demander à Dieu qu’Il fasse miséricorde à ce frère qui se présente aujourd’hui devant lui. Mais, dans l’espérance, nous osons croire qu’il l’accueille en lui disant : Oui, j’étais là, présent, même si tu ne me voyais pas. Mon nom «

 

je l’ai glorifié » au long de ta route humaine « et je le glorifierai encore  

». Sois en paix pour le passé, et réjouis-toi pour le futur … Quel réconfort pour Hélie de Saint Marc, et quel message stimulant pour nous qui faisons un avec lui, à cette heure !

Ce ne sont pas seulement des noms de lieux ou de personnes qui sont restés gravés dans sa mémoire. Il était aussi habité par des valeurs essentielles, qui formaient les piliers mêmes de son existence. Nous les connaissons tous. J’ai essayé de les noter comme ils me venaient à l’esprit : l’honneur et la fidélité, c’est la devise de la Légion ; l’engagement et le courage : « De toutes les vertus, la plus importante me paraît être le courage, les courages, surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse », écrit-il dans cette lettre à un jeune homme de 20 ans, qui a été reproduite au dos de vos livrets : message si forts, rempli d’espérance, tellement précieux pour nous !

Il faut évoquer aussi la justice et la loi - justice des hommes et justice de Dieu - avec cette grande question qui le tenaillait : « Comment juger ceux qui nous ont jugés

 

4 ? » Et puis, la dignité et la liberté, la guerre pour laquelle il exprime toute son horreur : « La guerre est un mal absolu5 .» « Les combats

5

 

que j’ai connus de 1950 à 1953 [en Indochine] furent d’une âpreté et d’une violence que je n’ai jamais retrouvées durant ma carrière militaire.

 

6 » Et la paix surtout ; Hélie de Saint Marc était un disciple du « Prince de la paix », un serviteur de la paix, à qui s’adresse cette belle promesse : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu »  

(Mt 5, 9).

 

6

 

Ibid.,  

p. 136.

 

7

 

Ibid. 

, p. 281.

 

8

 

Ibid. 

, p. 265

 

J’ai gardé pour la fin le mot qui me touche le plus : la responsabilité. En fait, cet homme a assumé tout ce qu’il a fait, et s’est toujours montré prêt à en rendre compte quand on le lui demandait. Au moment de se présenter au tribunal, il écrit : « Je connaissais la gravité de mon acte

 

7.» Il explique qu’il a agi comme il pensait devoir le faire : « J’ai préféré le crime de l’illégalité au crime de l’inhumanité.8

» Mais, dans la finesse de son intelligence et son respect d’autrui, il ajoute : « Je comprends que d’autres aient agi autrement. Ils ont aussi leurs raisons et leurs manières de voir les choses. »

Dire qu’il a assumé ses responsabilités, cela signifie que jamais, il n’a rejeté la responsabilité sur une autorité supérieure avec laquelle il aurait été en désaccord. Il a fait ce qu’il pensait devoir faire, à la lumière de sa conscience. La situation dans laquelle il se trouvait, au cours de sa mission, était comme un rendez-vous avec l’histoire : « Ce qu’aujourd’hui je dois faire, je l’assume. » A plus forte raison, jamais, au grand jamais, il n’a reporté la responsabilité sur ses subordonnés. Ils ne sont coupables de rien, affirme-t-il, ils m’ont obéi. C’est moi qui les ai entraînés dans la rébellion, et toute la responsabilité de leurs actes me revient ; je sais ce que j’ai fait.

Frères et soeurs, aujourd’hui est arrivé le jour où ce mot de responsabilité prend pour lui tout son sens. Oui, il a à répondre de sa vie devant Dieu, comme nous aurons tous à le faire un jour, quand sonnera notre heure et lorsqu’à la fin des temps, le Seigneur « viendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts », comme dit le

 

 

Credo. Mais Dieu n’est pas un juge comme les autres, il est d’abord un père qui voit, qui sait et qui comprend. Il connaît le coeur de ses enfants et il juge en toute justice, selon la miséricorde et la vérité. Dieu est un Père devant qui il suffit de se présenter avec droiture, en

6

 

reconnaissant notre misère ou en confessant nos péchés, avec tout l’élan de notre amour et l’enthousiasme qui habite nos coeurs.

Tous ces mots qui marquent l’existence d’Hélie de Saint Marc ne sont pas seulement ceux de la seconde guerre mondiale, de l’Indochine, de la guerre d’Algérie. Ce sont des mots qui traversent les siècles et les aléas de l’histoire, nous le savons et ils ont leur force et leurs exigences en 2013, comme ils les auront dans la société de demain. La résistance n’est pas seulement un fait du passé ; aujourd’hui encore, elle est un appel intérieur lorsque l’objection de conscience nous interdit de pactiser avec l’injustice ou le mensonge ou le crime… « Les sentinelles du soir » sont-elles sans rapport avec « les veilleurs » qui ont surgi dans notre société, ces derniers mois

 

9

?

 

9

 

Hélie de Saint Marc, Les sentinelles du soir 

, Les Arènes, 1999.

 

10

 

Début de la lettre

« Que dire à un homme de 20 ans ? »

 

11

 

Toute une vie,  

Les Arènes 2010.

 

*

Dans son coeur, il y avait le silence, l’amour, le respect… et beaucoup de points d’interrogation : « Quand on a connu tout et le contraire de tout…

 

10 » Mais Hélie de Saint Marc est toujours resté habité par l’espérance. « L’espérance ne m’a jamais quitté, même au comble de la souffrance. Une flamme fragile, minuscule, chancelante, mais si bouleversante dans la nuit humaine 11. »

Quand on ne comprend plus rien de cette vie, de l’agissement des hommes et de sa propre action, il faut choisir entre ‘’l’absurde et le mystère’’, disait Jean Guitton. Il a clairement choisi le second, et c’est cela qui lui a ouvert le chemin de l’espérance. Quelle force émane d’une existence si chahutée et si droite, si douloureuse et lumineuse à la fois ! Que cette espérance emplisse votre prière, ce soir, frères et soeurs. Ne doutez pas qu’ils sont vivants, aujourd’hui et toujours, ceux qui nous quittés. Tout à l’heure, dans la préface de cette Messe des défunts, j’aurai grande joie à chanter : « Car pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée. »

Hélie de Saint-Marc reste présent à nos vies, à chacun des membres de sa famille, à ses amis et à son pays qu’il a tant aimé. On pourrait ajouter le Vietnam et l’Algérie, ses frères et soeurs du monde entier, qu’il a toujours voulu aimer et servir. Il continuera, comme l’ont dit ses filles au début de la Messe, d’être attentif à nous tous, et actif comme l’était Ste Thérèse qui promettait,

 

7

peu de temps avant de mourir, de « passer son ciel à faire du bien sur la terre ».

J’ai commencé, frères et soeurs, par les derniers mots de l’Evangile que nous venions d’entendre ; je terminerai par la première phrase des lectures qui nous ont été offertes. C’est un message clair et encourageant pour ceux qui veulent avancer dans la vie comme des enfants de Dieu ! Il nous dit à quelle condition nous pourrons, nous aussi, être des rayons de lumière et amener d’autres à vivre l’action de grâce qui habite nos coeurs aujourd’hui :

«

 

 

Frères, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont vraiment fils de Dieu.».

 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 13:14


Métier des armes : une porte se ferme

Par le général d'armée (2S) Henri Bentégeat
ancien chef d'état-major des armées

(article paru dans le Figaro le 14/09/2013)
 
Afghanistan, Libye, Mali, Syrie peut-être demain, nos armées volent d’un engagement à un autre, heureuses et fières de servir, oubliant, dans l’ardeur des opérations,  les perspectives moroses de la loi de programmation militaire ; ignorant surtout la révolution silencieuse qui bouleverse l’organisation du ministère de la défense et pourrait, si l’on n’y prend garde, ébranler les fondements de l’institution militaire.
La place et le rôle des chefs militaires au sein de ce qui fut longtemps le ministère des armées ont été parfois contestés au cours des dernières décennies. La haute fonction publique, soutenue par les cabinets et le contrôle général des armées, a toujours lorgné vers les postes de responsabilité de ce ministère atypique. Le général Lagarde, il y a 30 ans déjà, disait aux stagiaires de l’Ecole de Guerre : «  on aurait tort de n’y voir qu’un conflit d’intérêts corporatistes. Ce sont deux visions qui s’affrontent : d’un coté, le notre, la subordination de toutes les activités à la préparation opérationnelle, de l’autre, celui des civils, le primat de la gestion budgétaire. Cette dernière approche peut séduire, car elle est plus perméable aux pressions politiques… ». Nous n’en crûmes pas un mot. Nous avions tort.                                            
La relève des généraux par des hauts-fonctionnaires à la tête d’institutions, comme le SGDN ou la DGSE, aurait pu nous alerter, mais le caractère interministériel de ces postes pouvait expliquer le changement de portage. Surtout, en parallèle, le développement de l’interarmisation recentrait les armées et le ministère sur leur raison d’être, la préparation et la conduite des opérations. La guerre du Golfe avait montré  l’urgente nécessité de dépasser les intérêts particuliers de chaque armée (Terre, Marine et Air ) en les subordonnant aux impératifs des opérations interarmées. Et, depuis vingt ans, nos engagements incessants dans les Balkans, en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan avaient progressivement donné une place centrale, au sein du ministère, au chef d’état-major des armées.

Consacrée par les décrets de 2005 et 2009, cette évolution stabilisait et consolidait la charnière politico-militaire en donnant au CEMA les moyens d’exercer son rôle de conseiller militaire du gouvernement. Certains s’en étaient inquiétés, craignant que le ministre de la défense peine à imposer son autorité à un « proconsul » trop puissant. C’était ignorer le poids incontournable, au sein du ministère, du Délégué général pour l’armement, assis sur son socle industriel et social, et du Secrétaire général pour l’administration, détenteur des leviers de la finance et de la gestion.                                                  

La  défiance de principe à l’égard du loyalisme des officiers est non seulement infondée mais surtout incompréhensible pour des générations de militaires élevées dans le culte de l’obéissance républicaine. A une époque tristement marquée par l’affaire Dreyfus et l’affaire des fiches, Jaurès avait fait litière de ces accusations en démontrant la constance de la soumission des chefs militaires aux responsables politiques.

Aussi les vraies raisons qui conduisent aujourd’hui à retirer au chef d’état-major des armées une part importante de ses responsabilités pour les confier à des fonctionnaires civils se résument-elles dans une formule lapidaire : « il faut recentrer les militaires sur leur cœur de métier ». En clair, les généraux ou amiraux seraient des techniciens du combat, peu aptes à gérer des hommes, des finances, des relations internationales, voire des services logistiques.

Cette vision réductrice de la fonction militaire va à l’encontre de traditions millénaires qui exaltaient les rôles de stratège, d’administrateur ou de logisticien comme autant de facettes indispensables au bon exercice du métier des armes. Elle est surtout antinomique des exigences des conflits modernes où l’intelligence de situation, à tous les échelons, requiert une vision large, bien au-delà de la maitrise technique des armes, où le dialogue international est la règle, où l’administration d’un secteur, le contact avec la population et la manœuvre logistique sont des facteurs essentiels du succès.

L’évolution sémantique est révélatrice des changements de mentalité. Venues d’Europe du nord où le refus de la guerre et la foi absolue dans le « soft-power » ont marginalisé les armées, certaines expressions, ignorées dans le monde anglo-saxon, se sont imposées progressivement en France. « L’outil militaire » ou « l’expert militaire » renvoient à une vision technicienne du métier des armes. La tentation d’y recourir est d’autant plus grande que la haute technologie est présente partout sur les théâtres d’opérations. On en vient à oublier que ce sont des hommes et des femmes qui conçoivent et conduisent ces opérations, qui endurent et qui souffrent et qui risquent leur vie ou leur intégrité physique pour protéger leurs concitoyens.

La prudence et la réversibilité s’imposent donc dans la mise en œuvre de réformes qui peuvent affecter profondément l’exercice futur du métier des armes. Dans un système où les chefs militaires n’auraient plus la capacité d’influer sur les choix majeurs des responsables politiques, on prendrait le risque d’une triple évolution, souvent constatée dans les pays européens où les militaires sont tenus en suspicion : syndicalisation, politisation des élites et découragement des meilleurs.

Dans l’univers aseptisé des officiers « recentrés sur leur cœur de métier », on ne rencontre, bien sûr, ni Napoléon, ni De Gaulle, mais c’est aussi Foch, Lyautey, Leclerc ou De Lattre à qui on ferme la porte.
Général d'armée (2S) Henri Bentégeat
 
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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 06:29

Quelques photos ;

Dans le car,  très tôt un matin pluvieux.

La prison de Montluc

Le vieux Lyon, les traboules, le bouchon lyonnais

La Primatiale Saint-Jean-Baptiste sous le soleil retrouvé.

 

 

Dans ALBUMS PHOTOS cliquer sur l'Album : Journée mémorielle Lyon 

 

Encore un grand merci à l’équipe organisatrice de cette remarquable journée.

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 16:13

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C’est accompagné de ses amis et de quelques anciens EOR de l’Ecole Militaire d’Infanterie  Cherchell 1942-1962, en présence de Monsieur le Député-maire d’Aix les Bains, que le Colonel  Gilbert Gardien, président de l’association des Anciens Troupes de Marine Isère-Savoie, a remis au lieutenant Christian Savale, les insignes de

Chevalier dans l’ordre National de la Légion d’Honneur (*)

La cérémonie a eu lieu dans le salon d’honneur de l’Hôtel de Ville d’Aix les Bains.

Christian Savale est délégué Rhône-Alpes d’ANCCORE (Association Nationale des Cadres de Cherchell Officiers de Réserve et Elèves). Mr Raisonnier secrétaire général de l’Association était présent.

(*)à titre militaire

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 13:28
Général Dominique DELAWARDE
 

Ce courrier a pour but de donner les raisons précises de mes doutes quant à l’opportunité d’une intervention en répondant à quelques questions simples. Il s’agit aussi de donner matière à réfléchir à ceux qui veulent vraiment étudier le problème sans se contenter des logorrhées verbales bien pensantes et des affirmations péremptoires des hommes politiques de tous bords.

Ancien chef du bureau "Situation-Renseignement-Guerre électronique" de l’État Major Interarmées de Planification Opérationnelle en région parisienne, ayant servi près de deux années au Proche Orient, dont 14 mois en qualité de chef du bureau renseignement de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, ayant fait une bonne douzaine de séjours au Moyen Orient (Qatar, Emirats, Koweit), ayant enfin servi trois années aux États Unis en qualité d’officier de liaison auprès de l’Enseignement militaire supérieur américain, je crois connaître mieux que le citoyen moyen, voire que certains experts autoproclamés, les problèmes du Proche et du Moyen Orient. Je me suis toujours tenu informé sur ce qui s’y passait et, par conséquent sur le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui : une éventuelle intervention militaire en Syrie.

1 - Les preuves indubitables présentées par le premier ministre aux députés sont-elles convaincantes et crédibles ?

Quelles que soient ces preuves, ma réponse est non.

Les preuves peuvent évidemment être indubitables puisque personne n’a d’éléments concrets pour les mettre en doute. Mais elles peuvent être fausses. Je n’ai pas la mémoire courte et me souviens du général américain Colin Powell présentant aux Nations Unies, avec un aplomb incroyable, ses "fausses preuves indubitables" établie par la CIA sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak pour justifier l’intervention militaire qui a suivi. Je sais qu’en France, phare de l’humanité, on ne ment jamais, mais tout de même...

Personnellement, j’ai la conviction intime que nous sommes en présence d’une nouvelle manipulation avec le massacre au gaz chimique de Damas et je vais tenter d’en convaincre le lecteur.

2 - A qui profite ce "massacre" au gaz ?

Certainement pas à Bachar El Assad qui n’aurait jamais pris le risque de franchir cette ligne rouge posée depuis longtemps par les américains et les franco-anglais. Il savait qu’une intervention occidentale suivrait toute utilisation de gaz et signifierait sa chute à courte échéance. Il savait que les Nations Unies étaient mandatées pour étudier l’utilisation des gaz en Syrie. Il possède un arsenal suffisant pour frapper ses adversaires sans faire appel au gaz. Aurait-il pris un tel risque, à un tel moment pour tuer seulement quelques centaines d’adversaires en banlieue de Damas, capitale du pays, à une relative proximité des délégations diplomatiques étrangère ? Cette affirmation absurde ne tient pas la route.

Ce "massacre" dont nul ne connaît l’ampleur réelle profite donc aux deux autres parties en cause dans cette affaire.

D’abord aux opposants de Bachar El Assad qui, si intervention il y a, ont toutes les chances de gagner rapidement leur combat et de prendre le pouvoir en Syrie.
Ensuite aux américains et aux franco anglais qui souhaitent depuis longtemps affaiblir le Hezbollah libanais mais surtout l’Iran (cible principale en raison du nucléaire) en supprimant leur allié de toujours : la Syrie de Bachar El Assad.

2 - Y a-t-il eu d’autres précédents dans ce genre de manipulation ?

La réponse est oui.

Il y a eu TIMISOARA (décembre 1989) où les médias du monde entier ont repris pendant près de six semaines la fausse information d’un "massacre" de 4 600 personnes pour aider à faire tomber Ceaușescu. En fait les opposants avaient déterré quelques cadavres des cimetières de la ville, les avaient entourés de fils de fer barbelés et avaient tourné des images horribles visant à faire pleurer les téléspectateurs occidentaux. Ils ont ensuite, sur la foi de ces images manipulées, avancé le chiffre énorme de 4 632 victimes qui n’existaient pas mais que personne n’a osé mettre en doute. Leur coup était joué et gagné puisqu’il a entraîné la chute de Ceaușescu.

Après coup les médias et les politiques occidentaux ont eu le bon goût de s’excuser pour leur erreur et ont avoué qu’ils avaient été manipulés... mais l’objectif était atteint.
Il y a eu deux autres manipulations de ce type en Bosnie et au Kosovo lorsque j’étais en fonction. Elles ont été réalisées avec succès et l’opinion et les médias n’en ont jamais connu les tenants et les aboutissants.

3- Comment une telle manipulation avec utilisation de gaz aurait elle pû être réalisée par l’opposition ?

C’est assez simple à réaliser…

L’opposition prend quelques familles entières (hommes, femmes, enfants, vieillards) soupçonnées d’être pro- Bachar et capturées lors des combats. Elle utilise du gaz prélevés sur les stocks de l’Armée Syrienne par du personnel déserteur. Elle gaze et filme les derniers instants horribles, puis, en appelle à l’ONU et aux américains. Le tour est joué. Pour faire bonne mesure, vous rajoutez quelques témoins de votre camp pour raconter l’horreur, vous avancez le chiffre de 1 700 morts, chiffre invérifiable (comme celui de TIMISOARA) et vous envoyez les images les plus horribles.

La manipulation est servie...

Le renseignement français prétend que les rebelles n’ont pas les savoir-faire pour mettre en œuvre les gaz. C’est oublier un peu vite que les rebelles sont soutenus et conseillés par des services spéciaux étrangers qui, eux, ont toutes les connaissances nécessaires.

4- Pourquoi les Allemands, les Canadiens et même les député britanniques doutent-ils du bien-fondé de l’intervention militaire.

Ces trois pays se doutent bien qu’il y a très probablement une manipulation. Ils ont eux aussi des services de renseignement et un minimum de bon sens. Ils ne veulent pas engager la vie de leurs soldats sur des preuves qui pourraient bien s’avérer "bidon", analysent les conséquences d’une telle intervention. Ils préfèrent s’occuper du rétablissement de leur économie en crise et de la sécurité à l’intérieur de leur frontière avant d’aller jouer, à crédit comme le fait la France, les justiciers dans le reste du monde.

Par ailleurs, il ne peut échapper à personne que les gaz sont volatils et que l’utilisation de Gaz dans une zone urbanisée comme Damas très majoritairement et densément peuplée par les partisans de Bachar El Assad pourrait se retourner contre ses auteurs au moindre coup de vent...

Cette utilisation de gaz dans la ville de Damas n’est tout simplement pas crédible. Il est vrai que "plus c’est énorme, plus ça passe", mais là, la ficelle est un peu grosse...

5- Quelles conséquences régionales et internationales en cas d’intervention militaire ?

Pour la Syrie même, une seule certitude. La chute de Bachar El Assad, chef d’état laïque, entraînera la débâcle et l’exil pour les populations chrétiennes et Alaouites dont la majorité aura soutenu Bachar El Assad pendant de très nombreuses années, voire pour de nombreux sunnites... donc, de nouveaux massacres et de nouvelles masses de réfugiés... Est-ce le but recherché ?

Pour les Israéliens, une Égypte et une Syrie affaiblies, divisées et dont les économies auront été ramenées 50 ans en arrière, ne représentent plus une menace sérieuse pour très longtemps. Une intervention américaine et franco-anglaise n’est pas une mauvaise affaire pour eux, au point de se demander si nous ne "travaillons" pas un peu à leur profit...

L’Iran étant la prochaine cible, connue de tous, il est probable que le prix du pétrole explosera assez vite à la suite de l’intervention entraînant de nouvelles difficultés pour nos économies déjà fragiles.

L’intervention aura un coût pour un pays déjà surendetté comme le notre. Ce coût sera évidemment supporté directement ou indirectement par le contribuable. A moins que le gouvernement ne réalise l’opération à budget de défense constant ce qui conduira à échelonner les dépenses d’équipement et à retarder, une fois de plus, la modernisation de nos forces.

6- Une telle participation française à une intervention relève-t-elle de l’ingérence humanitaire et/où du respect des conventions de Genève ?

Si tel était le cas, pourquoi la France n’a-t-elle pas proposé d’intervenir militairement lors du massacre de Gaza en Janvier 2009 (1300 morts, bien réels ceux là, dont 900 civils et 300 enfants) ? L’armée israélienne avait alors utilisé des bombes au phosphore interdites par les conventions de Genève...

Y aurait-il deux poids deux mesures ? Des massacres autorisés ou tolérés, et des massacres interdits ?

7- Autres éléments troublants en vrac

Le 6 Mai dernier, Madame Carla del Ponte, ancienne procureur au tribunal pénal international, membre de la commission indépendante mandatée par l’ONU pour enquêter sur l’utilisation de gaz en Syrie déclare que les rebelles (et non les forces du régime) ont utilisé du gaz sarin.

Toute vérité n’étant pas bonne à dire dans un monde onusien largement financé par les USA, la commission indépendante (peut être moins qu’on ne le croit) déclarera dès le lendemain que les preuves sont insuffisantes pour accuser formellement la rébellion d’utilisation de gaz...

Par ailleurs la mission d’observateurs de la Ligue arabe envoyée au début du conflit a publié un rapport très équilibré sur les violences en Syrie dès Janvier 2012. J’ai noté dans ce rapport :

28 – La mission a noté l’émission de faux rapports émanant de plusieurs parties faisant état de plusieurs attentats à la bombe et de violence dans certaines régions. Lorsque les observateurs se sont dirigés vers ces zones pour enquêter, les données recueillies montrent que ces rapports ne sont pas crédibles.

29 – La mission a noté également, se basant sur les documents et les rapports émanant des équipes sur le terrain, qu’il y a des exagérations médiatiques sur la nature et l’ampleur des accidents et des personnes tuées ou blessées à la suite des événements et des manifestations qui ont eu lieu dans certaines villes.

Cet excellent rapport établi par une commission majoritairement sunnite (donc plutôt anti-Bachar) n’était sans doute pas suffisamment anti-Bachar pour être évoqué par les médias occidentaux. Il mérite pourtant une lecture attentive. A ceux qui souhaitent s’informer au delà du prêt-à-penser politique Français, il suffit de taper sur Google : "rapport du chef de la mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie" et on obtient ce rapport dans sa version française.

En conclusion, vous aurez compris que je ne crois pas un instant que les "preuves indubitables" françaises, quelles qu’elles soient, puissent justifier, à ce jour, une intervention militaire de quelque niveau que ce soit. Je sais évidemment qu’une grande partie des forces rebelles est composée de mercenaires financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite (sunnites) dans leur croisade contre les Alaouites et les chiites. Cette force rebelle soutenue par les américains et les franco-anglais n’est donc pas vraiment d’une Force Syrienne Libre.

Les Nations Unies rendront leur rapport dans quelques semaines tout au plus. Sera-t-il impartial ? Je l’espère. Mais je sais que les financements US sont vitaux pour l’ONU et qu’il lui est parfois difficile d’être vraiment indépendante.

Je voudrais terminer en disant que je ne suis pas un partisan de Bachar El Assad, loin s’en faut. Mais il est très probablement moins pire que celui qui pourrait prendre sa suite. La justification et les conséquences de nos actes doivent donc être examinées beaucoup plus sérieusement qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Je constate enfin que la "communauté internationale", terme utilisée indûment par nos hommes politiques et repris par nos journalistes à longueur de journée, ne semble compter aujourd’hui que trois pays : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui représentent à eux trois moins de 8% de la population mondiale.

Les positions de la Chine, de l’Inde, de la Russie, du Brésil, du Japon, de l’Allemagne sont presque totalement occultées des débats internationaux, y compris sur la Syrie, alors qu’ils constituent près de 60% de la population mondiale. Font-ils partie ou non de la communauté internationale ? Il y a, là aussi, matière à réflexion...

Général (2S) Dominique DELAWARDE, le 5 Septembre 2013

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 12:48
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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 09:29
Nous avons la peine d'apprendre la mort du Père Victor CLAVEL,
agé de 89 ans, curé de Biviers depuis 63 ans.
Les funérailles auront lieu le jeudi 5 septembre en l'église de BIVIERS à 10 heures.
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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 08:51

Le vendredi 30 août à Lyon

 

Mon commandant, mon ancien,

Ils sont là, ils sont tous présents, qu’ils soient vivants ou disparus, oubliés de l’histoire ou célèbres, croyants, agnostiques ou incroyants, souffrant ou en pleine santé, jeunes soldats ou anciens combattants, civils ou militaires, ils sont tous présents, si ce n’est pas avec leur corps, c’est par leur coeur ou par leur âme ! Tous ceux qui, un jour, ont croisé votre chemin, ou ont fait avec vous une partie de votre route ou plutôt de votre incroyable destinée, sont regroupés autour de vous : les lycéens de Bordeaux, les résistants du réseau

 

Jade-Amicol

, les déportés du camp de Langenstein, vos frères d’armes, vos légionnaires que vous avez menés au combat, ceux qui sont morts dans l’anonymat de la jungle ou l’indifférence du pays, les enfants de Talung que vous avez dû laisser derrière vous, les harkis abandonnés puis livrés aux mains du FLN ! Je n’oublie pas vos parents et votre famille, qui ont partagé vos joies et vos épreuves ; il faut ajouter à cette longue liste, les jeunes générations, qui n’ont connu, ni la Guerre de 40, ni l’Indochine, pas plus que l’Algérie, mais qui ont dévoré vos livres, qui vous ont écouté et que vous avez marqués profondément ! Cette liste ne serait pas complète, si n’était pas évoquée la longue cohorte des prisonniers, des déchus, des petits et des sans-grades, les inconnus de l’histoire et des médias, ceux que vous avez croisés, écoutés, respectés, défendus, compris et aimés et dont vous avez été l’avocat. Eux tous s’adressent à vous aujourd’hui, à travers ces quelques mots et, comme nous en étions convenus la dernière fois que nous nous sommes vus et embrassés chez vous, je ne servirai que d’interprète, à la fois fidèle, concis et surtout sobre.

Aujourd’hui, Hélie, notre compagnon fidèle, c’est vous qui nous quittez, emportant avec vous vos souvenirs et surtout vos interrogations et vos mystères ; vous laissez chacun de nous, à la fois heureux et fier de vous avoir rencontré, mais triste et orphelin de devoir vous quitter. Vous laissez surtout chacun de nous, seul face à sa conscience et face aux interrogations lancinantes et fondamentales qui ont hanté votre vie, comme elles hantent la vie de tout honnête homme, qui se veut à la fois homme d’action et de réflexion, et qui cherche inlassablement à donner un sens à son geste !

Parmi tous ces mystères, l’un d’eux ne vous a jamais quitté. Il a même scandé votre vie ! C’est celui de la vie et de la mort. Car qui d’autres mieux que vous, aurait pu dire, écrire, prédire ou reprendre à son compte ce poème d’Alan Seeger, cet Américain, à la fois légionnaire et poète, disparu à 20 ans dans la tourmente de 1916

 

: « j’ai rendez-vous avec la mort »

?

C’est à 10 ans que vous avez votre premier rendez-vous avec la mort, quand gravement malade, votre maman veille sur vous, nuit et jour ; de cette épreuve, vous vous souviendrez d’elle, tricotant au pied de votre lit et vous disant :

 

« Tu vois Hélie, la vie est ainsi faite comme un tricot : il faut toujours avoir le courage de mettre un pied devant l’autre, de toujours recommencer, de ne jamais s’arrêter, de ne jamais rien lâcher ! » Cette leçon d’humanité vous servira et vous sauvera quelques années plus tard en camp de concentration. Votre père, cet homme juste, droit et indépendant, qui mettait un point d’honneur durant la guerre, à saluer poliment les passants, marqués de l’étoile jaune, participera aussi à votre éducation ; il vous dira notamment de ne jamais accrocher votre idéal, votre ‘‘étoile personnelle’’

à un homme, aussi grand fût-il ! De l’époque de votre jeunesse, vous garderez des principes stricts et respectables, que les aléas de la vie ne vont pourtant pas ménager ; c’est bien là votre premier mystère d’une éducation rigoureuse, fondée sur des règles claires, simples et intangibles, que la vie va vous apprendre à relativiser, dès lors qu’elles sont confrontées à la réalité !

Puis, à 20 ans, vous aurez votre deuxième rendez-vous avec la mort ! Mais cette fois-ci, vêtu d’un méchant pyjama rayé, dans le camp de Langenstein. Deux ans de déportation mineront votre santé et votre survie se jouera à quelques jours près, grâce à la libération du camp par les Américains. Mais votre

survie se jouera aussi par l’aide fraternelle d’un infirmier français qui volait des médicaments pour vous sauver d’une pneumonie, puis celle d’un mineur letton, qui vous avait pris en affection et qui chapardait de la nourriture pour survivre et vous aider à supporter des conditions de vie et de travail inhumaines. En revanche, vous refuserez toujours de participer à toute forme d’emploi administratif dans la vie ou l’encadrement du camp d’internement, ce qui vous aurait mis à l’abri du dénuement dans lequel vous avez vécu. Vous y connaitrez aussi la fraternité avec ses différentes facettes : d’un côté, celle du compagnon qui partage un quignon de pain en dépit de l’extrême pénurie, du camarade qui se charge d’une partie de votre travail malgré la fatigue, mais de l’autre, les rivalités entre les petites fraternités qui se créaient, les cercles, les réseaux d’influence, les mouvements politiques ou les nationalités…. Mystère, ou plutôt misère, de l’homme confronté à un palier de souffrances tel qu’il ne s’appartient plus ou qu’il perd ses références intellectuelles, humaines et morales !

Vous avez encore eu rendez-vous avec la mort à 30 ans, cette fois, à l’autre bout du monde, en Indochine. Vous étiez de ces lieutenants et de ces capitaines, pour lesquels de Lattre s’était engagé jusqu’à l’extrême limite de ses forces, comme sentinelles avancées du monde libre face à l’avancée de la menace communiste. D’abord à Talung, petit village à la frontière de Chine, dont vous avez gardé pieusement une photo aérienne dans votre bureau de Lyon. Si les combats que vous y avez mené n’eurent pas de dimension stratégique, ils vous marquèrent profondément et définitivement par leur fin tragique : contraint d’abandonner la Haute région, vous avez dû le faire à Talung, sans préavis, ni ménagement ; ainsi, vous et vos légionnaires, quittèrent les villageois, en fermant les yeux de douleur et de honte ! Cette interrogation, de l’ordre que l’on exécute en désaccord avec sa conscience, vous hantera longtemps, pour ne pas dire toujours ! Plus tard, à la tête de votre Compagnie du 2° Bataillon étranger de parachutistes, vous avez conduit de durs et longs combats sous les ordres d’un chef d’exception, le chef d’escadron RAFFALLI : Nhia Lo, la Rivière Noire, Hoa Binh, Nassan, la Plaine des Jarres. Au cours de ces combats, à l’instar de vos compagnons d’armes ou de vos aînés, vous vous sentiez invulnérables ; peut-être même, vous sentiez-vous tout permis, parce que la mort était votre plus proche compagne : une balle qui vous effleure à quelques centimètres du coeur, votre chef qui refuse de se baisser devant l’ennemi et qui finit pas être mortellement touché ; Amilakvari et Brunet de Sairigné vous avaient montré le chemin, Segrétain, Hamacek, Raffalli et plus tard Jeanpierre, Violès, Bourgin, autant de camarades qui vous ont quitté en chemin. Parmi cette litanie, on ne peut oublier, votre fidèle adjudant d’unité, l’adjudant Bonnin, qui vous a marqué à tel point, que, plus tard, vous veillerez à évoquer sa personnalité et sa mémoire durant toutes vos conférences ! Et avec lui, se joignent tous vos légionnaires, qui ont servi honnêtes et fidèles, qui sont morts, dans l’anonymat mais face à l’ennemi, et pour lesquels vous n’avez eu le temps de dire qu’une humble prière. Tel est le mystère de la mort au combat, qui au même moment frappe un compagnon à vos côtés et vous épargne, pour quelques centimètres ou une fraction de seconde !

10 ans plus tard, vous aurez encore rendez-vous avec la mort ! Mais cette fois-ci, ce ne sera pas d’une balle perdue sur un champ de bataille, mais de 12 balles dans la peau, dans un mauvais fossé du Fort d’Ivry. En effet, vous veniez d’accomplir un acte grave, en vous rebellant contre l’ordre établi et en y entraînant derrière vous une unité d’élite de légionnaires, ces hommes venus servir la France avec honneur et fidélité. Or retourner son arme contre les autorités de son propre pays reste un acte très grave pour un soldat ; en revanche, le jugement qui sera rendu - 10 ans de réclusion pour vous et le sursis pour vos capitaines - montre qu’en dépit de toutes les pressions politiques de l’époque, en dépit des tribunaux d’exception et en dépit de la rapidité du jugement, les circonstances atténuantes vous ont été reconnues. Elles vous seront aussi été reconnues 5 ans après, quand vous serez libéré de prison, comme elles vous seront encore reconnues quelques années plus tard quand vous serez réhabilité dans vos droits ; elles vous seront surtout reconnues par la nation et par les médias à travers le succès éblouissant de vos livres, celui de vos nombreuses conférences et par votre témoignage d’homme d’honneur. Ces circonstances atténuantes se transformeront finalement en circonstances exceptionnelles, lorsque, 50 ans plus tard, en novembre 2011, le Président de la République en personne vous élèvera à la plus haute distinction de l’Ordre de la Légion d’Honneur ; au cours de cette cérémonie émouvante, qui eut lieu dans le Panthéon

des soldats, nul ne saura si l’accolade du chef des armées représentait le pardon du pays à l’un de ses grands soldats ou bien la demande de pardon de la République pour avoir tant exigé de ses soldats à l’époque de l’Algérie. Le pardon, par sa puissance, par son exemple et surtout par son mystère, fera le reste de la cérémonie !….Aujourd’hui, vous nous laissez l’exemple d’un soldat qui eut le courage, à la fois fou et réfléchi, de tout sacrifier dans un acte de désespoir pour sauver son honneur ! Mais vous nous quittez en sachant que beaucoup d’officiers ont aussi préservé leur honneur en faisant le choix de la discipline. Le mot de la fin, si une fin il y a, car la tragédie algérienne a fait couler autant d’encre que de sang, revient à l’un de vos contemporains, le général de Pouilly, qui, au cours de l’un des nombreux procès qui suivirent, déclara, de façon magistrale et courageuse, devant le tribunal :

 

« Choisissant la discipline, j’ai également choisi de partager avec la Nation française la honte d’un abandon… Et pour ceux qui, n’ayant pas pu supporter cette honte, se sont révoltés contre elle, l’Histoire dira sans doute que leur crime est moins grand que le nôtre »

!

Et puis, quelque 20 ans plus tard, alors que, depuis votre sortie de prison, vous aviez choisi de garder le silence, comme seul linceul qui convienne après tant de drames vécus, alors que vous aviez reconstruit votre vie, ici même à Lyon, vous êtes agressé un soir dans la rue par deux individus masqués, dont l’un vous crie, une fois que vous êtes à terre :

 

« Tais-toi ! On ne veut plus que tu parles ! » Cette agression survenait après l’une de vos rares interventions de l’époque ; elle agira comme un électrochoc et vous décidera alors à témoigner de ce que vous avez vu et vécu à la pointe de tous les drames qui ont agité la France au cours du XXème

siècle. Ainsi, au moment où vous comptiez prendre votre retraite, vous allez alors commencer, une 3° carrière d’écrivain et de conférencier. Alors que le silence que vous aviez choisi de respecter, vous laissait en fait pour mort dans la société française, ce nouvel engagement va vous redonner une raison de vivre et de combattre ! Toujours ce mystère de la vie et de la mort ! Au-delà des faits et des drames que vous évoquerez avec autant d’humilité que de pudeur, vous expliquerez les grandeurs et les servitudes du métier des armes et plus largement de celles de tout homme. A l’égard de ceux qui ont vécu les mêmes guerres, vous apporterez un témoignage simple, vrai, poignant et dépassionné pour expliquer les drames vécus par les soldats, qui, dans leur prérogative exorbitante de gardien des armes de la cité et de la force du pays, sont en permanence confrontés aux impératifs des ordres reçus, aux contraintes de la réalité des conflits et aux exigences de leur propre conscience, notamment quand les circonstances deviennent exceptionnellement dramatiques. A l’égard des jeunes générations, qui n’ont pas connu ces guerres, ni vécu de telles circonstances, mais qui vous ont écouté avec ferveur, vous avez toujours évité de donner des leçons de morale, ayant vous-même trop souffert quand vous étiez jeune, des tribuns qui s’indignaient sans agir, de ceux qui envoyaient les jeunes gens au front en restant confortablement assis ou de notables dont la prudence excessive servait d’alibi à l’absence d’engagement. Vous êtes ainsi devenu une référence morale pour de nombreux jeunes, qu’ils fussent officiers ou sous-officiers ou plus simplement cadres ou homme de réflexion.

Puis dans les dernières années de votre vie, vous avez aussi eu plusieurs rendez-vous avec la mort, car votre « carcasse » comme vous nous le disiez souvent, finissait pas vous jouer des tours et le corps médical, avec toute sa compétence, sa patience et son écoute, ne pouvait plus lutter contre les ravages physiques des années de déportation, les maladies contractées dans la jungle indochinoise et les djebels algériens, les conséquences des années de campagnes, d’humiliation ou de stress. Pourtant, vous avez déjoué les pronostics et vous avez tenu bon, alors que vous accompagniez régulièrement bon nombre de vos frères d’armes à leur dernière demeure ! Là encore, le mystère de la vie et de la mort vous collait à la peau.

Et puis, aujourd’hui, Hélie, notre ami, vous êtes là au milieu de nous ; vous, l’homme de tous les conflits du XX

 

ème siècle, vous vous êtes endormi dans la paix du Seigneur en ce début du XXIème

siècle, dans votre maison des Borias que vous aimiez tant, auprès de Manette et de celles et ceux qui ont partagé l’intimité de votre vie.

Mais, Hélie, êtes-vous réellement mort ? Bien sûr, nous savons que nous ne croiserons plus vos yeux d’un bleu indéfinissable ! Nous savons que nous n’écouterons plus votre voix calme, posée et déterminée ! Nous savons aussi que, lors de nos prochaines étapes à Lyon, seule Manette nous ouvrira la porte et nous accueillera ! Nous savons aussi que vos écrits sont désormais achevés !

Mais, Hélie, à l’instar de tous ceux qui sont ici présents, nous avons envie nous écrier, comme cet écrivain français

 

: « Mort, où est ta victoire ? »

Mort, où est ta victoire

 

, quand on a eu une vie aussi pleine et aussi intense, sans jamais baisser les bras et sans jamais renoncer ?

Mort, où est ta victoire

 

, quand on n’a cessé de frôler la mort, sans jamais chercher à se protéger ?

Mort, où est ta victoire

 

, quand on a toujours été aux avant-gardes de l’histoire, sans jamais manqué à son devoir ?

Mort, où est ta victoire

 

, quand on a su magnifier les valeurs militaires jusqu’à l’extrême limite de leur cohérence, sans jamais défaillir à son honneur ?

Mort, où est ta victoire

 

, quand on s’est toujours battu pour son pays, que celui-ci vous a rejeté et que l’on est toujours resté fidèle à soi-même ?

Mort, où est ta victoire,

 

quand après avoir vécu de telles épreuves, on sait rester humble, mesuré et discret ?

Mort, où est ta victoire,

 

quand son expérience personnelle, militaire et humaine s’affranchit des époques, des circonstances et des passions et sert de guide à ceux qui reprendront le flambeau ?

Mort, où est ta victoire

 

, quand après avoir si souvent évoqué l’absurde et le mystère devant la réalité de la mort, on fait résolument le choix de l’Espérance ?

Hélie, notre frère, toi qui a tant prôné l’Espérance, il me revient maintenant ce vieux chant scout que tu as dû chanter dans ta jeunesse et sans doute plus tard, et que tous ceux qui sont présents pourraient entonner :

 

« Ce n’est qu’un au revoir, mon frère ! Ce n’est qu’un au revoir ! Oui, nous nous reverrons Hélie ! Oui, nous nous reverrons »

!

Oui, Hélie, oui, nous nous reverrons à l’ombre de Saint Michel et de Saint Antoine, avec tous tes compagnons d’armes, en commençant par les plus humbles, dans un monde sans injure, ni parjure, dans un monde sans trahison, ni abandon, dans un monde sans tromperie, ni mesquinerie, dans un monde de pardon, d’amour et de vérité !

A Dieu, Hélie….A Dieu, Hélie et surtout merci ! Merci d’avoir su nous guider au milieu des

 

« champs de braise ! »

 

 Le général d'armée (2S) Bruno DARY

 

 

 

 
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